Grand froid : l’incroyable pic des cours de l’électricité

Les Echos

Hier, sur la Bourse de l’électricité Epex Spot, le prix du mégawattheure (MWh) pour livraison le lendemain entre 10 et 11 heures s’est littéralement enflammé, à 1.938 euros, contre de 100 à 200 euros en temps normal

La vague de froid pousse le système électrique à sa limite. Hier à 19 heures, la France a battu un nouveau record historique de consommation, à 101,7 gigawatts (GW), battant celui de 100,5 GW atteint la veille. Conséquence de cet emballement, le marché de l’électricité est de plus en plus tendu. Au point que, sur la Bourse Epex Spot, le prix du mégawattheure (MWh) pour livraison le lendemain entre 10 et 11 heures s’est littéralement enflammé hier, à 1.938 euros. A comparer à un cours de 100 à 200 euros dans une journée d’hiver normale. Le cours moyen sur la journée s’est élevé à 368 euros.

Il faut remonter au 19 octobre 2009 pour observer un tel accès de fièvre. A l’époque, le prix avait atteint son plafond technique de 3.000 euros le mégawattheure, en raison d’un dysfonctionnement de la Bourse.

La situation semble différente cette fois-ci. « Ce pic est le résultat assez logique de la vague de froid qui gagne l’Europe entière et s’installe depuis maintenant dix jours, estime Paolo Coghe, analyste spécialisé dans les prix de l’électricité chez Société Générale. La France ne dispose pas de suffisamment de capacité et il suffit d’un rien pour que les prix s’envolent. » Très équipé en chauffage électrique, le pays est particulièrement sensible au froid. Face aux températures actuelles de 10 degrés inférieures aux normales saisonnières, tous les moyens d’EDF sont mobilisés, sans compter les importations et les efforts d’économies demandés aux grands clients… « Ce prix traduit la rareté de l’offre », confirme un gros opérateur du secteur. Mardi soir, l’Allemagne a dû ainsi faire appel en urgence à des centrales nucléaires qui avaient été retirées du réseau.

Déficit d’interconnexion

Sur le marché de gros, c’est le dernier moyen de production appelé qui fixe le prix. Lorsque la demande est faible, le nucléaire s’impose avec un prix de l’ordre de 40 à 50 euros. Quand elle s’emballe, les fournisseurs font appel à des moyens de production plus chers, comme le fioul ou le charbon, dont les coûts peuvent aller jusqu’à 250 euros le mégawattheure. Hier, la situation s’est aggravée. Les opérateurs ont été surpris par la météo, plus hostile que prévu, notamment en début de journée. « Les pointes de consommation n’ont pas lieu que le soir, mais aussi le matin », note Hervé Mignon, directeur de la prospective chez RTE.

Echaudés, les opérateurs ont donc anticipé une demande plus importante pour ce jeudi matin. « En même temps, il y a eu 300 MWh disponibles en moins sur l’interconnexion France-Allemagne », ajoute un porte-parole d’Epex. C’est ce déficit d’interconnexion, lié à la demande record, qui a pu faire dérailler les prix. La Commission de régulation de l’énergie, qui surveille les marchés de gros, va regarder en détail ce qui s’est passé.

Pour Fabien Choné, directeur général délégué de Direct Energie, cet épisode montre que la question de la rémunération des capacités de production de pointe se pose « de manière plus urgente qu’on ne le croit ». Pour les écologistes, c’est surtout le signal qu’il faut accélérer les économies d’énergie.

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