« En deux ans, le pays n’a pas prouvé sa capacité à réformer »

Les Echos – BRUNO CAVALIER CHEF ÉCONOMISTE D’ODDO SECURITIES

Le plan d’austérité qui a été bouclé hier à Athènes ouvre-t-il la voie à un retour de la Grèce à la croissance ?Décider de mesures d’austérité et de réformes est une chose ; le moment où on les applique en est une autre. Si l’on avait bâti ce plan il y a deux ans, on aurait pu en attendre des effets positifs sur la croissance potentielle. Mais depuis deux ans, la dette s’est accrue et la Grèce s’est installée dans une spirale déflationniste. Je ne suis pas du tout convaincu par la capacité de ce pays à renouer rapidement avec la croissance

La réduction de 100 milliards d’euros de dette grecque par le secteur privé ne va-t-elle pas alléger le fardeau pour Athènes  ?

Au mieux, la Grèce retrouvera en 2020 une dette pesant 120 % de son PIB, c’est-à-dire qu’elle sera alors au même niveau d’endettement que l’Italie actuellement. Même en suivant à la lettre le plan de modernisation, le fardeau de la dette va rester colossal et le pays sera épuisé.

Les gouvernements européens n’ont-ils pas tardé à faire le bon diagnostic sur le mal grec ?

On pouvait dire il y a deux ans que ce pays avait un problème de solvabilité. Or ses partenaires européens et le FMI l’ont traité au départ comme un problème de liquidité.A mauvais diagnostic, mauvais traitement. En outre, depuis lors, la Grèce n’a montré aucune capacité à mettre en oeuvre les réformes que l’Europe attendait. Au final, on a toujours un secteur public surdimensionné et un problème de compétitivité qui se traduit par un déficit des comptes courants supérieur à 9 % du PIB.

Les pays de la zone euro et le FMI font néanmoins le pari d’apporter un nouveau paquet d’aides à la Grèce…

Cette question est devenue un énorme enjeu politique pour l’Europe d’aujourd’hui et de demain. La leçon tirée de la crise est que l’avenir de l’Union monétaire passe par une plus grande intégration budgétaire. Mais pour bénéficier de cette solidarité entre Etats, il est impératif que le pays concerné tienne les promesses qu’il a faites.

Comment remplir ses engagements quand on est en profonde récession ?

C’est un peu la quadrature du cercle. Sur le papier, l’aide extérieure permet justement de supporter les coûts de l’ajustement qui sont immédiats en attendant les bénéfices qui arrivent plus tard ! Dans le cas présent, il me semble que les atermoiements du gouvernement grec ont rompu la confiance politique avec le reste de ses créanciers. On peut donc se poser la question de savoir si on n’est pas arrivé à un point où pour la Grèce comme pour l’Europe, il ne serait pas préférable d’envisager une autre solution que de la maintenir à l’intérieur d’une organisation monétaire dont elle ne respecte pas les règles élémentaires. D’ailleurs, à ma connaissance, nous n’avons pas d’exemple historique de pays ayant fait les ajustements requis sans ajustement du taux de change.

Si la Grèce devait sortir de la zone euro, n’y aurait-il pas un risque de contagion ?

Cela constituerait un choc, c’est évident. Mais je pense qu’on a davantage de moyens d’en limiter la contagion qu’il y quelques mois. Dans ce scénario extrême , la question se poserait immédiatement de savoir si une crise identique n’est pas inévitable au Portugal et pourquoi pas, ailleurs. On en revient à la question des engagements pris. A lire les rapports de la Troïka sur le Portugal, l’appréciation sur le mouvement des réformes est plutôt positive. Il est vrai qu’au Portugal, le gouvernement a été élu sur un programme de réformes ce qui n’a pas été le cas en Grèc

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