La BCE prête à alléger le fardeau grec

Les Echos

Un transfert des titres grecs détenus par la BCE au Fonds de stabilité européen semble plausible. Le fardeau grec serait allégé de 5 à 7 milliards.

Distiller des informations sans dévoiler sa stratégie. Une fois de plus, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a brillé dans cet exercice. Pressé de questions au sujet d’un soutien de la BCE envers la Grèce, le nouvel homme fort de l’institution a martelé que le financement d’un Etat ou d’un programme d’aide envers un Etat par la BCE n’était pas autorisé par les traités. En revanche, transférer les titres de dette grecs détenus par l’Eurosystème au Fonds européen de stabilité financière (FESF) semble possible, à condition de « ne pas essuyer une perte lors de la vente », a subtilement précisé le président de la BCE. Il ne s’est pas engagé davantage, préférant attendre les décisions des ministres des Finances de la zone euro, qui se réunissaient hier soir.

Effort collectif

« Draghi a confirmé que l’option du transfert des titres à prix coûtant au FESF était en discussion », concluait Marco Valli, chez UniCredit, après la conférence de presse. «  Je pense que c’est ce qui va se passer. » Natacha Valla, chez Goldman Sachs, considérait aussi que des concessions étaient probables et que, « en filigrane, renoncer aux gains sur les obligations grecques n’est plus un tabou ». D’après les spécialistes, la BCE est donc disposée à participer à l’effort collectif.

Concrètement, l’opération pourrait se dérouler de la manière suivante : la Banque centrale, qui a acheté des titres grecs sur le marché en 2010, pourrait les céder à un prix égal au prix d’acquisition. D’après des sources de marché, le prix d’achat moyen acquitté par la BCE s’élève à 85-90 % de la valeur nominale des papiers. Ce qui veut dire que pour les 40 à 55 milliards d’euros de titres qu’on estime être sur les comptes de l’institution, la BCE n’a en réalité déboursé que de 35 à 48 milliards. C’est cette somme que la banque centrale recouvrerait au lieu d’obtenir de la Grèce le remboursement de 100 % du capital. Ce faisant, la BCE accepterait un manque à gagner compris entre 5 et 7 milliards d’euros. Pour la Grèce, cela se traduirait par un allégement de sa dette du même montant.

Etant donné que la BCE n’a pas le droit de faire directement la transaction avec la Grèce, le FESF apparaît comme un intermédiaire utile. Il reprendrait les titres grecs à la BCE, éventuellement en échange d’obligations FESF, pour l’équivalent de 35 à 48 milliards d’euros. Parallèlement, le Fonds de stabilité revendrait à crédit à Athènes les papiers grecs, afin qu’ils soient finalement détruits. Ainsi, au bout du compte, au lieu de devoir de 40 à 55 milliards d’euros à la BCE, la Grèce aurait une dette de 35 à 48 milliards au maximum envers le Fonds de stabilité européen.

Un vrai moyen de pression

La mécanique reste encore à préciser, mais ce schéma pourrait réconcilier les différentes parties impliquées dans les négociations. Les banquiers – qui doivent eux effacer 50 % de la valeur de leurs titres grecs -réclament en effet depuis longtemps que la BCE renonce à ses plus-values potentielles sur les obligations qu’elle a achetées à prix réduit. D’autre part, en cédant ses titres, la Banque centrale offre un vrai moyen de pression à Athènes sur ses créanciers privés. Dans la mesure où la BCE ne détiendra plus de dette, le Parlement grec aura la voie libre pour voter l’introduction de clauses contraignantes (clauses d’action collectives) dans les titres obligataires. Cette menace devenant réelle, les investisseurs seront sans doute plus nombreux à participer à l’échange de dette « volontaire » qui est, semble-t-il, finalisé.

Ce scénario suppose que la BCE déclare rapidement ses intentions et procède, dans la foulée, à la cession de ses titres grecs. Mais, selon des sources européennes, la BCE négocie son engagement. Elle conditionne notamment son effort à un accord des principaux partis grecs sur les réformes à mener en échange d’un nouveau plan d’aide. Un point désormais acquis, depuis hier après-midi.

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