Les fruits amers du prochain quinquennat

Les Echos – Eric Leboucher

Quand les marchés financiers attaqueront-ils le programme de François Hollande ? Le lendemain de l’élection ? Ou avant, dès la fin de mars, si les sondages lui donnent une telle avance que le jeu apparaît fait ? Et quels effets auront sur le scrutin des taux d’intérêt qui grimpent, comme ceux de l’Italie à l’automne, au dessus de 6,5 % ? Les chances de Nicolas Sarkozy remonteraient-elles alors ?

La Cour des comptes a plus de crédit en France que Standard & Poor’s, mais elle donne aussi des armes aux marchés : la France manque de crédibilité budgétaire. Avec des dépenses publiques record dans l’OCDE (56 % du PIB fin 2011) et des prélèvements obligatoires aussi élevés (44,5 % du PIB), elle est dans l’impasse. Si l’Italie et l’Espagne parviennent, comme elles sont en train de le faire, à se mettre à l’abri des marchés, la France est, après la Grèce et le Portugal, leur prochaine cible. Le gouvernement issu des urnes, de gauche comme de droite, n’aura d’autre choix que de réduire ses dépenses de façon cette fois forte, durable, sérieuse, bref très douloureuse. Rupture – pour le coup le mot va bien -, avec trente-cinq ans de facilité. Nouvelle ère.

Les candidats ne vont pas l’avouer. On n’est pas élu en France sur un programme churchillien. Ils vont vouloir jouer fin entre l’électeur à qui l’on en dit le moins possible (comme le fait le candidat socialiste) et les marchés qui vont exiger des plans « d’ajustement » dans les moindres détails. Cela promet une campagne intéressante sur la forme, le jeu du chat et de la souris, et sur le fond : peu à peu, on s’oriente vers les vrais sujets et, peu à peu, il apparaît que les hausses d’impôts ne sont pas la bonne solution. Ensuite, s’ouvrira un quinquennat lui aussi très intéressant avec deux équations pour l’heure irrésolues, politique et économique.

L’équation politique porte sur la vitesse et le séquencement de l’austérité. Pour la première fois depuis longtemps, il faut imposer une politique de long terme, il faut penser le quinquennat dans son entier. Faut-il, voie 1, répartir la médecine et attendre l’assimilation progressive par les Français ? Ou bien, voie 2, frapper très fort au début afin de pouvoir cueillir les fruits électoraux des efforts à la fin du quinquennat ? Cette deuxième voie paraît la meilleure pour un peuple français impatient. François Hollande l’a choisie en parlant d’un mandat en deux temps : d’abord redresser les comptes, puis redistribuer. Ce qu’il ne veut pas voir encore (les marchés vont lui apprendre) est l’irrémédiable réduction des dépenses.

L’équation économique est facile à poser : plus la rigueur publique sera forte, plus le besoin se fera sentir d’un relais par la croissance privée. Comment vite accélérer cette croissance ? Voilà la question centrale des cinq ans qui viennent. Dans ce contexte, la voie 2, la purge, est plus difficile étant donné que la France est actuellement en récession. La rigueur dure ajouterait la dépression à la récession. Cette voie « à la Cameron » se dégagera si la conjoncture mondiale s’éclaircit à partir de l’été : coup de chance, cela semble se dessiner. Le contexte européen pourrait aussi aider si les partenaires de l’Allemagne arrivent enfin à la convaincre qu’un « paquet croissance » doit accompagner le « paquet budgétaire » décidé par les Dix-Sept.

Mais l’essentiel viendra de la France elle-même. La croissance était, hier, tirée par l’endettement public. Le nouveau modèle de croissance française impose d’aller vers plus de rigueur publique et plus de compétitivité privée. Mais, entre les deux, le réglage macroéconomique sera difficile. On ne peut pas, en même temps, réduire fortement les dépenses d’Etat et basculer immédiatement dans une politique de l’offre aux dépens de la demande. Double purge trop dangereuse, on l’observe en Grèce. Ainsi, la TVA sociale est une bonne politique mais à l’introduire trop vite, on abaisse les revenus (par l’inflation induite contrairement à ce que dit Nicolas Sarkozy) et l’on coupe (trop vite) le moteur de la consommation.

Pour parler clair, il ne faut pas espérer remonter le taux de croissance du pays si vite que ça. La macroéconomie ne sera pas proactive. Il faut donc chercher ailleurs des accélérateurs. Où ? Dans l’exportation : que l’Allemagne ouvre ses marchés ! Dans la concurrence : Mario Monti libère les marchés corsetés, dont les symboliques taxis ! Dans la confiance surtout : le quinquennat s’annonce amer, rien ne sera possible si les Français ne croient pas être conduits sur la bonne voie.

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