Elites fatiguées

Les Echos

En plein débat sur la dérive des dépenses publiques françaises, les bleus à l’âme de notre noblesse d’Etat peuvent paraître indécents. L’enquête que nous publions aujourd’hui sur le découragement de nos hauts fonctionnaires mérite pourtant que l’on s’y arrête. D’abord parce que cette prise de parole, loin d’être guidée par quelques leaders syndicaux entrés en campagne, transcende les clivages politiques. Ensuite parce que ces hauts cadres avaient tous accueilli avec enthousiasme le projet de réforme de l’Etat en 2007. Ce qu’ils expriment aujourd’hui, c’est leur ras-le-bol devant une rationalisation qu’ils estiment aveugle, guidée par le fameux principe devenu slogan du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, dont la mécanique implacable s’applique sans discernement à presque toutes les administrations de l’Etat. Vrai débat que celui qui est ainsi posé. Loin de remettre en cause l’idée même d’une réforme, c’est de sa réussite dont il est question. Sans doute fallait-il un électrochoc pour en finir avec l’immobilisme d’une administration arc-boutée sur ses prérogatives et peu regardante sur son efficacité et ses moyens. Quel meilleur symbole que la mise à la diète des fonctions régaliennes pour convaincre notre pays – et nos dirigeants, pour la plupart issus de cette haute fonction publique -que la lutte contre les déficits passe non pas par la hausse des impôts mais par la baisse des dépenses ? Le début de la campagne présidentielle montre que, sur ce plan, beaucoup reste à faire.

Mais il est désormais temps de passer à la phase suivante de la modernisation de l’Etat. Assigner aux fonctionnaires des objectifs dignes du secteur privé réclame qu’on leur donne le mode d’emploi pour y parvenir. Ce n’est faire insulte à personne que de constater les profondes carences managériales qui ont jusqu’ici accompagné ce chantier, ce que les consultants spécialisés appelleraient la conduite du changement. Il est aussi temps d’assigner à nos administrations des missions claires dans un cadre financier contraint. C’est le seul moyen d’effectuer un arbitrage cohérent des ressources entre les services publics que l’on souhaite renforcer et ceux dont on peut se passer. Il est enfin temps de permettre une vraie mobilité des effectifs entre des corps administratifs où les passerelles sont aujourd’hui trop rares pour permettre un redéploiement efficace des fonctionnaires.

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