Pétrole : les profits des majors s’envolent

Les Echos

Les grands pétroliers ont bénéficié d’un prix du brut exceptionnellement élevé en 2011. D’où des profits en forte hausse, alors que leur production recule.

 

Le phénomène peut sembler paradoxal. Malgré des volumes de production en recul, les majors du pétrole ont enregistré une spectaculaire envolée de leurs bénéfices en 2011. Ils ont grimpé de 35 % chez ExxonMobil, de 41 % chez Chevron, de 54 % chez Shell. BP est spectaculairement sorti du rouge, tandis que Total a dévoilé vendredi un résultat net de 17 milliards de dollars, en hausse de 22 %. Globalement, les 50 premiers groupes mondiaux du secteur ont dégagé un résultat net annuel de l’ordre de 340 milliards de dollars, selon Bloomberg. Soit 44 % de plus en un an !

Ce succès a une explication simple. Les grandes compagnies internationales ont bénéficié l’an dernier d’une sorte de « choc pétrolier rampant ». Le baril de brent de la mer du Nord s’est renchéri de 40 %, pour s’établir à 111 dollars en moyenne. Un prix supérieur à celui de l’année 2008 (98,50 dollars), lorsque le cours de l’or noir avait culminé à 147 dollars en juillet, avant de s’effondrer sous les 40 dollars en décembre, à la suite de la faillite de Lehman Brothers.

Le baril n’a quasiment jamais été vendu aussi cher dans l’histoire du pétrole. En monnaie constante, il faut remonter à 1864 pour retrouver un prix similaire, lorsque « l’huile de roche » s’imposa sur le marché de l’éclairage, après la découverte du colonel Drake à Titusville. A l’époque, l’envolée des prix avait entraîné une hausse rapide de la production, qui avait divisé les prix par 2 dès 1866.

Ce ne sera pas le cas cette fois-ci. En 2011, les grandes compagnies ont enregistré des résultats modestes, voire médiocres dans la production. Shell et Chevron ont vu leurs volumes de pétrole et de gaz naturel reculer d’environ 3 %, l’américain ConocoPhillips de 8 % et le britannique BP de 10 %. Fidèle à ses habitudes de premier de la classe, ExxonMobil enregistre la meilleure performance des majors (+ 1 %).

Un grand nombre de facteurs expliquent ces baisses. Les grands pétroliers doivent tout d’abord compenser le déclin naturel des champs. Selon l’Agence internationale de l’énergie, celui-ci serait de 6 % à 7 % par an en moyenne dans le monde, une fois passé le pic de production des gisements.

Les majors ont ensuite été pénalisées par leurs nombreux contrats de partage de la production. Moins avantageux qu’un contrat de concession, ce type d’accord réduit la part des volumes qui revient à la compagnie internationale lorsque les prix augmentent, et accroît celle des pays hôtes. Total a perdu 2 % de sa production du fait de cet engagement. Environ la moitié des opérations de Chevron sont exposées aux contrats de partage de production contre 20 % pour ExxonMobil, selon la Société Générale.

BP, Shell, Chevron et ExxonMobil ont aussi été affectés par le moratoire sur les forages dans le golfe du Mexique juste après la marée noire. Puis par le redémarrage très lent de l’activité une fois le moratoire levé, fin 2010. La production de BP a en outre largement pâti des cessions d’actifs imposées par la tragédie du golfe du Mexique. Au Brésil, une autre marée noire a contraint Chevron à stopper une partie de sa production. Même sanction pour ConocoPhillips en Chine, après l’accident de la plate-forme de Bohai. Les cessions d’actifs menées par le pétrolier américain ont aussi réduit ses volumes. A l’inverse d’ExxonMobil, qui a bénéficié de l’intégration de l’américain XTO en année pleine.

Présent en Libye, au Yémen et en Syrie, Total a aussi été pénalisé par le printemps arabe. Tout comme l’américain ConocoPhillips.

La faiblesse des prix du gaz aux Etats-Unis a également poussé certains acteurs comme Shell et ConocoPhillips à réduire leur production de gaz de schiste pour se focaliser sur les gisements contenant aussi de huile. Dans le gaz, le nombre d’appareils de forage en activité aux Etats-Unis est tombé la semaine dernière à son plus bas niveau depuis août 2009.

Au-delà de cette série de facteurs, ce bilan reflète en partie les difficultés de l’industrie pétrolière à répondre aux besoins énergétiques. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la planète a consommé 88,97 millions de barils par jour en 2011, pour une production de 88,45 millions seulement. Le monde a puisé dans ses stocks. Reste maintenant à voir si de futures découvertes dans l’Arctique, le pétrole de schiste ou les gisements présalifères africains permettront de limiter les tensions à venir.

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