Moody’s, une perspective positive

Les Echos

le sens de l’intérêt national – ou ce qu’il en reste quand l’intérêt électoral prend le dessus -devrait commander de ne pas se réjouir du choix de Moody’s de placer la note souveraine de la France sous surveillance négative. Parce qu’elle augure une prochaine dégradation, cette décision de la plus grande agence de notation américaine ne peut, en bonne logique républicaine, qu’inspirer de la gravité à ceux qui prétendent, nonobstant leur responsabilité d’hier, gouverner mieux le pays demain qu’aujourd’hui. Le seul péché de gourmandise politicienne que devraient s’autoriser les contempteurs de Nicolas Sarkozy consiste à ironiser sur la légèreté avec laquelle celui-ci avait, voici tout juste un mois, surinterprété en sa faveur la décision de Moody’s de repousser la réévaluation de notre triple A. Ce contre-feu maladroit à la dégradation par Standard & Poor’s a fait long feu. A la veille de l’officialisation de son entrée en campagne, on pourrait en conclure que le chef de l’Etat se voit cruellement renvoyé à la forfanterie de ses débuts qu’il s’est évertué à faire oublier.

Cependant, ces sanctions qui tombent sur une France en campagne ont une vertu pédagogique, dont il faut espérer qu’elle rende les candidats crédibles à l’Elysée plus ambitieux et plus précis sur leur programme de désendettement. Si notre placement sous perspective négative a un côté positif, c’est de rappeler l’ampleur de la menace à un corps électoral plongé dans la torpeur d’une promesse de douce rigueur. De ce point de vue, il est presque regrettable que les marchés financiers, à force de les avoir anticipées, aient si peu réagi aux décisions de Standard & Poor’s puis, hier, de Moody’s. N’ayant pris que du sursis, l’opinion française continue de regarder les malheurs de la Grèce comme ceux d’une destination lointaine. Une vraie dégradation est-il, au fond, ce qui peut arriver de mieux avant la présidentielle ? Nul ne doit le souhaiter. Mais si les Français placent bien, désormais, en tête des urgences la baisse de la dette et des déficits, ils n’en tirent pas encore les conclusions douloureuses. Dans les enquêtes d’opinion, ils réclament toujours plus de services publics, plus d’enseignants, de policiers et de magistrats, et plus d’aides sociales pour eux-mêmes.

Présenté hier, le projet de « désendettement compétitif » du Medef consistant, notamment, à ne plus remplacer qu’un fonctionnaire sur trois, continue hélas de ressembler à une révolution culturelle. De nos amis britanniques, Ben Page, directeur d’Ipsos Mori au Royaume-Uni, dit, en plaisantant, qu’ils veulent le modèle suédois avec une fiscalité à l’américaine. Au moins n’avons-nous pas le monopole européen de la contradiction.

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