La banque qui valait 6 milliards

Les Echos

Six milliards d’euros. « L’adversaire sans visage » a décidément de la ressource ! Face à l’importance des profits de BNP Paribas pour 2011, de nombreuses voix s’élèveront sans doute dans les prochains jours pour dire qu’il est choquant qu’un groupe bancaire parvienne à afficher pareils bénéfices alors que la crise financière est dans sa cinquième année et qu’elle connaît un nouveau pic depuis l’été ; qu’il y a quelque chose de gênant à voir une banque enregistrer de tels profits, quand l’économie tourne au ralenti et que le financement des entreprises est en question ; et que, pour finir, il est temps de couper cet établissement en deux pour protéger l’argent des déposants.

Le problème, c’est qu’un tel réquisitoire, plutôt convenu en ces temps de « bank bashing », ne résiste pas à un examen objectif de la réalité économique. D’abord, parce que cette performance marque un soulagement. Elle témoigne d’une résistance bienvenue à un stress majeur. Il faut tout de même se rappeler que, à la fin de l’été, les rumeurs les plus folles couraient sur les banques françaises, leur fragilité et l’imminence d’un « bank run » dans notre pays ! Dans ce contexte, ce serait avoir la mémoire bien courte que de stigmatiser aujourd’hui BNP Paribas pour sa capacité à générer des profits.

D’autant que ces derniers n’ont rien de honteux. Ils n’ont pas été réalisés aux dépens de l’économie réelle – sur la période, les crédits accordés par la banque ont progressé de plus de 4 % -et seront recyclés pour les trois quarts au moins en fonds propres, renforçant ainsi sa solidité. Enfin, parce que, si les chiffres sont impressionnants en valeur absolue, ils ne traduisent pas un retour aux années folles de la banque. Avec une rentabilité des capitaux investis inférieure à 9 %, BNP Paribas affiche une performance inférieure à celle de bien des groupes industriels. En clair, c’est la taille d’un établissement qui emploie près de 200.000 personnes, bien plus qu’une prise de risque inconsidérée, qui explique l’opulence des profits. Comme ses rivales, BNP Paribas est au milieu du gué de la transformation imposée par la crise de la dette souveraine. Mais une chose est sûre, dans le secteur bancaire français, il y a désormais BNP Paribas et les autres. Si l’on se fie aux prévisions des analystes, elle aura engrangé en 2011 un résultat près de deux fois supérieur à celui de ses trois rivales cotées.

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