Grèce : ces investisseurs qui achètent la dette à prix cassé

Les Echos

Fonds vautours ou spéculateurs suffisamment petits pour passer inaperçus, ils achètent la dette grecque malgré le risque d’une restructuration. Leur intérêt ? Réaliser des profits en déboursant très peu pour acheter les titres.

Désastreuse pour les uns, la restructuration de la dette grecque peut représenter une opportunité pour d’autres. En décembre, un banquier proche des négociations entre Athènes et ses créanciers privés s’en inquiétait : «  Plus le temps passe, plus le poids des fonds vautours va augmenter» Ces fonds, alléchés par le prix dérisoire des obligations, sont prêts à aller devant les tribunaux pour faire valoir leurs droits et obtenir un remboursement. Les batailles juridiques sont leur fonds de commerce. D’après Reuters, ils ont profité des perspectives de défaut de la Grèce pour acquérir des titres à prix cassé et détiennent désormais une part importante des papiers libellés en droit étranger. Ce segment de marché représente environ 10 % de l’encours de dette grecque. Ces fonds auraient ainsi suffisamment de poids pour bloquer une restructuration forcée sur ces titres.

Début des hostilités

Leur poids sur le marché des obligations en droit grec est plus difficile à appréhender. Il faudra attendre début mars, lorsque le taux de participation à l’échange de dette proposé par Athènes sera dévoilé, pour se faire une idée. Si jamais les créanciers récalcitrants sont trop nombreux, la Grèce introduira des clauses pour contraindre tous les investisseurs à effacer une partie de leurs créances. Cela sonnera le début des hostilités. Les fonds vautours ont sans doute déjà fourbi leurs armes pour contre-attaquer. Si la bataille devant les tribunaux grecs s’annonce difficile, certains investisseurs tenteront sans doute de porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme, pour violation de la propriété privée, ou de saisir un tribunal d’arbitrage international en utilisant les traités de protection des investissements, conclus avec quelques pays.

« Pari passu »

Mais l’activisme des fonds vautours peut aussi s’exercer si les négociations avec les créanciers privés débouchent sur un échange de dette. Les investisseurs qui ont accepté les conditions proposées par Athènes, recevront de nouveaux titres grecs pour une valeur inférieure aux anciens. « Le problème c’est que tout le monde pense que la Grèce devra en passer par une deuxième restructuration », assure un analyste. Or, selon l’avocat Alain Gauvin (1), les situations où deux types de dette cohabitent constituent un terrain propice aux revendications des fonds. « [Cela] peut poser beaucoup de problèmes à l’Etat débiteur : en effet, il peut décider de payer par priorité les créanciers porteurs de nouveaux titres et, dans ce cas, les fonds vautours, porteurs d’anciens titres, dégainent leur arme fatale : la clause « pari passu ». » Cette clause stipule que les créanciers doivent être traités sur un pied d’égalité. L’avantage accordé à l’un peut être revendiqué par les autres. A ce titre, certains s’interrogent sur l’échange de dette effectué en fin de semaine dernière par la Banque centrale européenne (BCE) sur ses titres grecs, qui protège l’institution d’une éventuelle restructuration forcée.

Obtenir l’exécution de la clause « pari passu » est toutefois difficile, car cela suppose de saisir des actifs de l’Etat débiteur à l’étranger. Certains fonds ont trouvé la parade : ils font saisir les flux financiers qui passent par les dépositaires centraux, comme Euroclear, qui sert de courroie entre l’Etat et les détenteurs d’obligations. Cela pourrait notamment s’appliquer à la Grèce.

Tous ceux qui achètent de la dette grecque décotée n’ont toutefois pas des stratégies aussi offensives. Certains espèrent simplement passer au travers des mailles du filet, cachés derrière les gros investisseurs, qui eux devraient accepter un effacement d’une partie de leurs créances. «  Nous avons divisé notre position en paquets inférieurs à 100.000 euros », explique ainsi un investisseur. «  En achetant les titres grecs à 30 % de leur valeur faciale, l’option est gratuite.  » Traduction : il faudrait qu’on lui impose une décote d’au moins 70 % du nominal pour qu’il perde de l’argent. Un risque qu’il juge minime.

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