Les grands faits d’armes des fonds vautours

Les Echos

Les fonds alternatifs spécialisés dans la dette décotée des Etats, surnommés fonds vautours, sévissent en Amérique latine ou en Afrique depuis vingt ans.

Les « hedge funds », spécialistes des situations désespérées, les fonds « distressed » en quête de dette décotée, sont sans doute au chevet du malade du moment : la Grèce. C’est au début des années 1980 que les marchés de dette, en fort développement, ont vu l’apparition de ces prédateurs d’un nouveau jour. « Les contentieux entre créditeurs privés et les souverains ont été peu fréquents jusque dans les années 1970, le cadre légal étant peu favorable aux créanciers face à « l’immunité » des pays. Le fait qu’une grande partie des prêts était accordée par le biais de syndicats bancaires décourageait en outre les initiatives individuelles. Un membre du syndicat devait en effet partager avec les autres les éventuels gains qu’il pourrait retirer d’une action en justice », rappelle Patrick Wautelet de l’université de Liège (1). Les fonds ont profité d’une vulnérabilité des Etats, l’absence de loi sur les faillites, pour récolter le maximum d’argent. L’Amérique latine (Panama, Pérou, Nicaragua, Argentine…) et l’Afrique (République du Congo) ont été leur terrain d’expérimentation, contribuant à leur surnom de fonds vautours. Ces cabinets d’avocats, secrets, tenaces et pointilleux, se lancent dans des procédures juridiques souvent complexes, qui peuvent s’étaler sur une décennie…

Elliott Associates et le Pérou

500 % de rendement. Le fonds Elliott n’a pas perdu son temps ni son argent en s’attaquant au Pérou au milieu des années 1990. Ce pays sortait d’une décennie de purgatoire après le défaut sur sa dette en mai 1983. En 1996, il négocie une restructuration de sa dette dans le cadre du plan Brady. Le fonds Elliott entre en jeu à ce moment en acquérant à la moitié de leur valeur 11,4 millions de dollars de dettes de banques (Banco Popular et Banco de la Nacion), garanties par l’Etat. Avec un autre des 180 créanciers du Pérou, le « hedge fund » refuse de participer à la restructuration, et intente une action en justice contre les deux banques. S’en suivront une série de procès et d’appels qui aboutiront en septembre 2000 au bénéfice de Elliott. Ce dernier reçoit alors 56,3 millions de dollars de la part du Pérou, trop content de se défaire enfin de ce fonds pour pouvoir assurer le versement des intérêts des obligations Brady. Cet épisode propulsa sur le devant de la scène ce fonds jusqu’alors peu connu, créé en 1977 par Paul Singer, et spécialisé à l’origine sur l’arbitrage d’obligations convertibles. Il s’était lancé sur la dette décotée des entreprises après le krach de 1987 et la récession du début des années 1990, pour s’intéresser ensuite aux Etats. C’est aujourd’hui le 18 e plus gros « hedge fund » de la planète avec près de 20 milliards de dollars d’actifs.

FG hémisphère au Congo

L’épisode congolais est original à plus d’un titre. Pour récupérer leur argent, les créanciers n’ont pas ciblé les actifs de l’Etat mais les sommes (impôts) que lui devaient les compagnies pétrolières (Chevron Texaco…) qui opéraient dans le pays. Autres nouveautés : les créanciers se sont fait des procès entre eux, et ont accusé le gouvernement de corruption et détournements de fonds publics, en livrant des informations aux ONG. Après plus de dix ans de tractations, et quatre accords, non respectés, avec la République du Congo, FG Hémisphère n’avait toujours pas reçu son argent, provoquant la colère du fonds alternatif bien décidé à faire valoir ses droits. Ce fonds, qui avait acquis pour près de 3 millions de dollars un prêt vieux de trente ans que la Yougoslavie avait accordée à la République du Congo, dément exiger 100 millions de dollars, comme l’ont rapporté certains médias, poursuivis eux aussi par le fonds… Basé à Brooklyn, le fonds de Peter Grossman a reçu la visite du mouvement « Occupy Wall Street », qui voit dans cet acteur le spéculateur emblématique et sans scrupule qui s’attaque aux plus faibles, les pays émergents. Dans une lettre publique, il répond que son action est bénéfique au pays en ce qu’elle abaisse les risques financiers et politiques liés aux investissements, et favorise la transparence et ouverture économique du pays.

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