Veolia, un mal français

Les Echos

Le conseil d’administration de Veolia a raison de s’intéresser de près à l’évolution du groupe dont il a la charge. C’est son droit le plus absolu d’évaluer l’action d’Antoine Frérot, son PDG. C’est même son devoir, alors que la situation de Veolia est préoccupante. Lourdement endetté, le groupe est en outre handicapé par une rentabilité insuffisante et des actifs à la valeur plus qu’incertaine. Résultat, son titre a perdu plus de 60 % en un an. Quant à son redressement, s’il est engagé, il n’est pas encore acquis. Le plan de restructuration lancé en décembre prend certes le mal à la racine – désendettement, réduction des coûts, réorganisation -, mais son exécution s’annonce difficile. Dans ces conditions, quoi de plus normal que les administrateurs se mobilisent ?

Mais pas comme ça ! Pas au mépris des règles les plus élémentaires de la gouvernance. Pas dans le cadre d’un processus où tout paraît suspect. Le timing, d’abord. Envisager de couper la tête d’Antoine Frérot trois mois après avoir approuvé son plan de transformation du groupe manque au minimum de cohérence. A croire que le conseil d’un des fleurons du pays est incapable de travailler sereinement. Le mode opératoire, ensuite. L’attachement d’Henri Proglio pour Veolia est connu. Mais les bonnes pratiques interdisent à l’ex-patron du groupe de mener la fronde contre son successeur au moment où celui-ci cherche à solder l’héritage qu’il lui a laissé en partant diriger EDF en 2009. Dans le choix du successeur, enfin. L’hypothèse semble avoir désormais du plomb dans l’aile, mais on voit mal ce qui justifierait de nommer Jean-Louis Borloo en lieu et place d’Antoine Frérot, même en lui adjoignant un second. Confier les clefs de Veolia à un politique, fût-il ancien avocat d’affaires, alors que le groupe a besoin d’une reprise en main financière et stratégique, ressemblerait à un contresens. C’est sans doute la signification de la forte baisse du titre hier en Bourse.

Une chose est sûre, si l’intention des administrateurs était d’assurer le rebond de Veolia, ils ont raté leur coup. Au final, l’effet de cette tentative de putsch est proprement désastreux. Pour le groupe, dans ce qu’elle dit des dysfonctionnements de sa gouvernance. Mais aussi pour la place de Paris. Qu’un cénacle composé de personnalités aussi reconnues que le conseil de Veolia se livre à un exercice qui pourrait s’apparenter à des arrangements entre amis a quelque chose de désolant. Le petit monde des conseils du CAC 40 a manifestement encore de beaux jours devant lui.

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