Interrogations sur la tendance et la trajectoire de l’activité en Europe ?

 

Philippe Waetcher

La publication des chiffres du PIB du 4ème trimestre dans la plupart des pays industrialisés donne l’occasion de prendre de la distance par rapport à la conjoncture immédiate.

J’ai pris une référence de 5 ans pour visualiser ces tendances; plus longue les données auraient été trop lissées, masquant les fluctuations; plus courte la volatilité des indicateurs aurait été trop forte pour bien percevoir les chocs subis. En outre cela pourrait correspondre grossièrement à la longueur d’un cycle court.

La croissance du PIB sur 5 ans fait ressortir les chocs à la hausse et à la baisse subis par les différentes économies. Si l’on remonte au début des années 70, on remarque sur l’ensemble de la période le comportement attendu de la croissance avec une évolution assez stable autour d’une tendance. Cela est observable depuis le début aux USA, depuis le 1er choc pétrolier en France ou au Royaume Uni. Chaque choc est amorti avant que l’économie ne redémarre. Il n’y a pas vraiment, sauf au début des années 79, la perception d’un changement de régime de croissance.

Risque de changeent de régime

Dans la période actuelle, le cycle n’a pas la même allure et l’on peut peut-être percevoir un changement de régime. Au choc subi à l’automne 2008 a suivi une période de reprise limitée avant de constater une nouvelle rechute. Pour l’Italie par exemple, le taux d’évolution du PIB sur 5 ans est de -1 % en moyenne par an à la fin de 2011. Ce chiffre est de -0.5 % en Espagne. Pour la France, le taux de croissance moyenne a été de 0.4%. Il est de 0% au Royaume Uni.

Ces chiffres traduisent une incapacité de nombreux pays industrialisés à rebondir après un choc négatif. C’est la première leçon à retenir. L’image du « coup de pied au fond de la piscine » après un choc vers le bas qui était généralement juste après une récession est nettement amoindrie dans la période actuelle. C’est une préoccupation car à côté de cela il y a forcément un ajustement insuffisant du marché du travail. L’absence d’impulsion provoque de faibles créations d’emplois, provoquant une accélération insuffisante et finalement un manque d’autonomie de la croissance. C’est cette persistance du mouvement provoqué par l’ajustement lent du marché du travail qui fragilise la dynamique d’expansion.

Dans les pays passés sous revue, je n’ai pas évoqué l’Allemagne et les Etats-Unis. Le profil allemand pris sur 5 ans est peu affecté par la crise. La rupture de 2008/2009 a été profonde mais brève et la reprise forte et réactive compensant ainsi rapidement l’effet négatif de la crise. Néanmoins, la trajectoire de la croissance allemande est actuellement au ralentissement, nettement moins vive qu’au début de l’année 2011. Les Etats-Unis ont eux un profil plus positif. La reprise est lente, plus lente que celle observée lors de la récession de 1982, grande référence avant la période actuelle. Néanmoins, les signaux deviennent plus positifs. Le marché du travail retrouve une allure plus favorable et même le marché immobilier envoie des signes de reprise. La croissance ne sera pas torride mais les risques de rupture sont plus réduits. C’est cet aspect qui est positif et qui portera une bonne partie de la dynamique mondiale.

Deux réflexions autour de ces profils

1 – Si l’activité montre autant de difficultés à retrouver une allure positive en Europe, pourquoi vouloir à tout prix mettre en œuvre des politiques budgétaires restrictives (l’objectif est d’être à 3 % de déficit en % du PIB en 2013 et à être équilibré rapidement après (2016 pour suivre l’engagement de la France)).

Le risque est de voir l’activité plonger un peu plus et repousser l’éventuel succès que pourraient avoir les politiques d’amélioration de la productivité comme celle qui commence à être mise en œuvre en Italie. Le risque d’une croissance durablement réduite et peu créatrice d’emplois est une plus grande instabilité sociale.

Ce risque est moins perceptible aux Etats-Unis où clairement l’orientation est plus favorable à la croissance. Les autorités ne souhaitent pas y provoquer un ajustement fort et brutal. La situation est donc asymétrique entre les Etats-Unis et l’Europe. Qu’est ce que l’Europe aura à gagner à vouloir être les plus rapides à rééquilibrer leur budget si cela s’accompagne d’un taux de chômage élevé ?

2 – La deuxième remarque est celle de la croissance potentielle. Comment alimenter la croissance potentielle pour qu’elle soit suffisamment robuste à moyen terme pour permettre une plus grande autonomie des pays industrialisés et une convergence vers le plein emploi? Quelles incitations pour l’investissement ? Quel rôle pour l’investissement public dans un environnement où la chasse au déficit est ouverte ? Dans ce cas, comment arbitrer dans les dépenses et quels arbitrages entre le court et le moyen terme sont à faire dans les dépenses publiques pour favoriser les investissements et réduire les dépenses fongibles ?

Les questions ne manquent pas sur la croissance européenne. On ne peut se contenter d’une croissance qui s’affaiblit. Les réformes qui sont mises en place, comme en Italie, prendront du temps, or c’est à court terme qu’il faut soutenir la demande et faire de telle sorte que la croissance retrouve une allure plus robuste. On doit s’attendre à une politique monétaire durablement accommodante pour limiter les risques et créer les incitations à la croissance.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :