« Cette proposition d’un taux d’imposition à 75 % est ridicule »

Les Echos – INTERVIEW ERNEST-ANTOINE SEILLIÈRE PRÉSIDENT DU CONSEIL DE SURVEILLANCE DE WENDEL

Ancien responsable du patronat français puis européen au franc-parler connu, « EAS » publie ces jours-ci « On n’est pas là pour se faire engueuler… » (Alma Editeur).

François Hollande a annoncé une taxation à 75 % des revenus supérieurs à 1 million d’euros. Qu’en pensez-vous ?

Que voulez-vous que je vous dise ? Le jour même du triomphe de Jean Dujardin aux Oscars, cet acteur, dont toute la France peut être fière, apprend que son talent va être taxé à 75 % si « The Artist » a le succès qu’il mérite. Qu’en pense la gauche caviar ? Cette proposition est ridicule. Si cette taxe s’applique uniquement sur les traitements, elle concernera quelques centaines de personnes tout au plus. Cela veut dire que la France ne veut pas faire venir du monde entier des grands talents du management. On travaille contre notre compétitivité. Je pense à des exemples très concrets à la tête de sociétés de notre groupe. Si on veut les avoir ou les retenir, il faut payer au niveau international.

Mais n’y a-t-il pas une limite acceptable pour les revenus, y compris d’ailleurs pour que le capitalisme soit accepté ?

Les préoccupations économiques et morales ne sont pas convergentes. La mission d’un conseil d’administration est de faire réussir l’entreprise pour créer de l’activité et de l’emploi. De toute façon, pour quelqu’un qui est au SMIC, tous ces chiffres n’ont aucun sens ; alors quelle limite fixer ? Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la repentance, mais la compétence, la transparence et la performance. S’il n’y a pas de compétence, il doit y avoir sanction. Mais la repentance, non ! La transparence existe et je vous rappelle que des représentants des salariés sont présents dans les conseils d’administration.

Ce type de position tranchée est-il facile à assumer quand on est, comme vous, riche et qu’on a été de surcroît au coeur d’un conflit familial largement étalé ?

Oui ! La pensée unique voudrait que je me taise, eh bien, je veux parler. Maintenant que la justice, par la voix du juge Van Ruymbeke, a donné tort à une actionnaire isolée de ma famille [Sophie Boegner, NDLR] qui avait déclenché des procédures contre moi, je suis libre de dire ce que j’ai sur le coeur. Je n’ai pas honte : j’ai gagné de l’argent en trente ans alors que je n’en avais pas quand j’ai pris la charge de Wendel.

Votre livre est un cri d’optimisme sur l’avenir du capitalisme. Vous poussez la provocation…

Depuis des années, je lis des analyses sur le déclin inéluctable de la France et de l’Europe ; c’est faux. Le choc de 2008 pouvait flanquer par terre le système. Tout le monde a voulu le sauver ; c’est qu’il a des vertus et qu’il n’y a pas d’alternative. Le capitalisme s’est installé partout, comme il s’était installé en Europe à la fin du XIX e siècle, avec des réussites et de l’enrichissement. Il y a eu des excès financiers, il fallait y remettre de l’ordre, et c’est en train d’être fait. Quand des dérèglements se produisent, il faut les corriger, mais je suis persuadé que la mondialisation va s’organiser. C’est bien. Pour la première fois dans l’Histoire, la planète entière fonctionne dans le même sens

Quel jugement portez-vous sur le quinquennat Sarkozy ?

Il est bon. Les critiques qui peuvent lui être adressées sont secondaires. La France a besoin de quelqu’un qui a l’énergie de conduire les réformes. Il n’est pas allé aussi loin que souhaité à cause de la crise, mais il est allé dans le bon sens.

Craignez-vous François Hollande ?

Non ! Parce que la feuille de route du prochain quinquennat s’imposera : le désendettement et la compétitivité. Le coeur du problème est d’ancrer l’Allemagne, avec des réformes, dans l’Europe que nous souhaitons. Si Berlin veut s’éloigner de la zone euro, la France perdra son destin stratégique, qui est l’Europe. Un nouveau monde s’installe, si la France veut en être, ce sera dans le cadre de l’Europe.

Dans votre livre, vous formulez un souhait : si Nicolas Sarkozy est battu, qu’il soit nommé président de l’Europe !

Le poste occupé par Herman Van Rompuy sera libre en juin… ce serait, pour la France et l’Europe, un bon choix. Autrement, j’attendrai cinq ans…

 

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