La France sur un tas d’or

Les Echos

Nos politiques, gauche ou droite, sont rarement à une contradiction économique près. Les voilà qui se précipitent le matin, coiffés d’un casque de chantier, dans les usines pour serrer les mains des ouvriers puis votent l’après-midi une loi « visant à interdire l’exploration et l’exploitation » des gaz de schiste. On les entend geler un jour le prix du gaz mais refuser le lendemain que l’on examine de plus près notre sous-sol qui contiendrait plus d’un siècle de consommation. Cherchez la cohérence !

Aux Etats-Unis où les prix du gaz sont désormais trois à quatre fois plus faibles qu’en Europe, le gaz de schiste a donné un formidable coup de pouce à la productivité de l’industrie, au point que de grands groupes y relocalisent des usines. Comme le pétrole de la mer du Nord à l’époque de Margaret Thatcher, nous avons nous aussi, sous nos pieds, de quoi changer profondément la donne économique des années à venir.

Naturellement, avant de se lancer dans l’exploitation controversée de ces ressources, il est impératif d’en étudier les conséquences sur l’environnement. Celles-ci pourraient être dramatiques, irréversibles. Seulement, la loi adoptée en juin dernier ne permet même pas d’effectuer toutes ces recherches. Et c’est ainsi que la France, se voulant toujours en avance d’une norme, se trouve être le premier pays au monde à avoir interdit l’exploitation de ces gaz non conventionnels dont elle serait pourtant si riche. Sans doute est-il plus gratifiant politiquement d’invoquer de grands principes, comme celui de précaution, que d’évaluer pas à pas les risques sur le chemin chaotique du progrès industriel…

Qu’on ne nous méprenne pas. Il eut été tout aussi inconséquent d’autoriser l’exploitation du gaz de schiste sans contrôle. Mais ce n’est pas ce que demandaient les industriels. Ils savent bien que l’absence de normes ouvre grand la porte à tous les recours. Aux Etats-Unis, pays où l’on ne peut mettre un pied devant l’autre sans risquer un contentieux, aucun industriel n’a été assez fou pour se lancer dans cette filière sans un cadre juridique balisé. L’acceptabilité sociale est également cruciale pour toute nouvelle technologie, surtout dans l’énergie. Les industriels du nucléaire l’ont compris après un certain temps. Mais si l’exploitation du gaz de schiste est aussi stratégique pour notre pays que pour les Etats-Unis, il revient aux pouvoirs publics et aux acteurs industriels concernés d’en faire la pédagogie comme ils le firent jadis pour l’atome. Pas de fermer le débat avant qu’il ait lieu.

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