Pas de croissance sans capital

Les Echos – André Lévy-Lang est professeur associé émérite à Dauphine et président du conseil de surveillance de Groupe Les Echos.

Depuis près d’un siècle, les étudiants en première année d’économie apprennent qu’il y a trois facteurs pour expliquer la création de valeur dans l’économie et donc la croissance : la quantité de travail, la quantité de capital et un facteur « productivité » qui regroupe tout le reste des facteurs de la croissance, c’est-à dire les savoirs, les innovations, l’organisation de la société et des entreprises. La France est potentiellement bien placée sur deux des trois facteurs :

– le travail, à court terme, du fait du potentiel que représenterait une réduction du taux élevé de chômage si les mesures appropriées étaient prises, à moyen et long terme grâce à notre démographie ;

– la productivité, grâce à la qualité d’une partie de notre système éducatif, grâce à la réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche, grâce au crédit impôt recherche et, disons-le, grâce au talent des Français.

Dans les deux cas, il va sans dire qu’il reste beaucoup à faire pour que ce potentiel soit réalisé, il y a beaucoup d’idées sur ce sujet, mais ce n’est pas ici le nôtre. Ce devrait être un des thèmes de la campagne électorale.

Il reste le facteur « capital », c’est-à-dire celui de l’investissement productif. Et là, le problème français est majeur. L’investissement peut être financé soit par le crédit, mais cela a une limite qui est le risque de l’entreprise, soit par des fonds propres. Et les deux sont liés car le risque de crédit que les banques peuvent prendre est limité par le niveau des fonds propres des entreprises qui empruntent. On n’évite donc pas la question des fonds propres des entreprises, c’est-à-dire celle de leur capital. Il n’y a pas de croissance durable possible si les entreprises de toutes tailles ne peuvent pas augmenter suffisamment leurs fonds propres. Or, elles n’ont que deux moyens de le faire : faire des profits et les mettre en réserve, ou faire appel à des actionnaires. Dans les deux cas, la situation de la France est mauvaise et va encore se dégrader. Le capital est en effet vu comme une vache à lait fiscale, qu’on peut taxer à volonté avec en plus un argument de « justice fiscale » qui donne bonne conscience. On peut le taxer à toutes les étapes, de sa formation à son investissement : celle des profits des entreprises, celle des hauts revenus salariaux (source d’épargne à risque), celle des revenus de l’épargne, celle du patrimoine des particuliers. A chacune de ces étapes, la France est déjà mal placée dans la comparaison avec ses vrais concurrents, c’est-à-dire les autres pays de la zone euro. Et pour chacune de ces étapes de la formation du capital, la tentation est grande de continuer à charger la barque, avec de grandes envolées oratoires dans les meetings et quelques recettes de plus pour combler le gouffre des dépenses publiques. Il faut seulement savoir que chaque nouvelle mesure rend un peu plus illusoires les perspectives de croissance de notre économie, donc les espoirs de réduire le chômage et les déficits.

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