Yves Perrier (Amundi) : « L’émergence de grands acteurs est une nécessité pour cette industrie »

Les Echos – YVES PERRIER DIRECTEUR GÉNÉRAL D’AMUNDI

Avez-vous atteint les objectifs que vous vous étiez fixés lors de la création d’Amundi ?

Sans conteste, oui. Outre l’ambition de devenir un leader européen de la gestion d’actifs, objectif déjà rempli puisque Amundi est deuxième en Europe et dans le Top 10 mondial, nous avions au départ trois buts : créer une plate-forme capable de servir efficacement plusieurs réseaux, amplifier le développement de la nouvelle entité sur la clientèle institutionnelle et créer significativement de la valeur pour nos actionnaires. Deux ans après, nous pouvons dire que ces objectifs sont pleinement atteints.

Pouvez-vous développer  ?

Tout d’abord, la plate-forme est construite. Et le service rendu aux clients de nos réseaux partenaires a été renforcé. L’arrimage avec les réseaux de la Société Générale et du Crédit du Nord est réussi. Nous avons également refondé nos relations avec nos deux partenaires historiques, les caisses régionales de Crédit Agricole et LCL. Concernant la gestion institutionnelle, nous avons renforcé notre position, puisque nous faisons partie des dix premiers acteurs mondiaux avec 500 milliards d’euros d’encours, grâce à une présence internationale, surtout en Europe, en Asie et au Moyen-Orient. Sur les deux dernières années, la collecte nette à l’international s’est élevée à plus de 10 milliards d’euros. Et nous sommes devenus le quatrième acteur mondial auprès des fonds souverains pour lesquels nous gérons 30 milliards d’euros. J’ajoute que nous disposons de joint-ventures avec des banques leaders en Chine, en Inde et en Corée. Enfin, l’opération a été fortement créatrice de valeur pour les deux actionnaires, Crédit Agricole et Société Générale. Alors que nous pensions dégager 120 millions d’euros de synergies, nous en avons réalisé 150 millions d’euros. En dépit du contexte de marché très difficile, la profitabilité d’Amundi est élevée. Notre résultat net a progressé de 1,8 % en 2011, à 413 millions d’euros, présentant un coefficient d’exploitation de 55 %, le deuxième le plus performant de l’industrie sur le plan mondial. En résumé, nous sommes allés au-delà de nos objectifs.

Quelles ont été les surprises ?

Si la mise en oeuvre opérationnelle a été très satisfaisante, l’environnement économique et financier a été beaucoup plus difficile qu’anticipé. Rappelons qu’en janvier 2010, le CAC 40 était proche de 4.000 points, niveau retrouvé début 2011, suivi d’une chute à près de 3.000 fin 2011. Une baisse de 25 % de l’indice parisien représente pour nous un manque à gagner de 100 millions d’euros par an. Ensuite, à partir du troisième trimestre 2011, la défiance des investisseurs vis-à-vis de la zone euro, liée à la dette souveraine, a également joué en notre défaveur. Enfin, nous avons subi une forte décollecte dans les réseaux au profit des produits de bilan, en raison de la course à la liquidité dans laquelle les banques sont engagées. Elle a atteint plus de 20 milliards d’euros l’an passé. Je pense qu’elle devrait se ralentir. En effet, les opérations de refinancement de la Banque centrale européenne (BCE) ont fortement détendu le contexte de liquidité. En outre, la course aux dépôts est coûteuse pour les banques. Nos encours n’ont baissé que de 7 %, alors que le secteur en France a enregistré un recul de 15 %. Hors monétaires, nous avons même gagné des parts de marché.

Que prévoyez-vous pour les entreprises ?

Nous allons consolider notre leadership en France dans la gestion de trésorerie, où Amundi atteint 32 % de part de marché. Surtout, nos efforts vont porter sur l’Europe afin de conquérir une part de marché qui nous corresponde. Nous visons entre 5 % et 10 % d’un marché de 400 milliards d’euros. Nous n’oublions pas l’épargne salariale et les produits de retraite. Sur ce secteur, nous avons une position très forte : avec 40 % de part de marché, nous sommes aujourd’hui le numéro un de l’épargne salariale en France. Nous entendons faire du Perco un nouveau vecteur de développement. Enfin, nous souhaitons contribuer au financement des entreprises en assurant pleinement notre rôle d’investisseur dans les émissions de dette pour accompagner nos banques partenaires, qui sont contraintes par les nouvelles règles prudentielles.

Quelle est votre stratégie dans la gestion institutionnelle ?

Nous poursuivons deux objectifs : le renforcement de nos expertises et l’élévation du niveau de performance, qu’il s’agisse des produits de taux ou des actions. Nous continuerons également notre déploiement sur les trackers (ETF), dont nous avons été le troisième collecteur en Europe en 2011. Nous allons poursuivre notre déploiement commercial, en particulier à l’international. Il s’agit de consolider les positions que nous avons acquises auprès des fonds souverains et de conquérir des parts de marché auprès des autres institutionnels et auprès des banques privées. Aux Etats-Unis, nous avons un partenariat avec TCW, la filiale de gestion d’actifs de la Société Générale et avec First Eagle pour distribuer leurs produits. En termes de zone géographique, nous centrons notre développement commercial sur l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient.

Quels sont les modèles gagnants de la gestion d’actifs ?

En préalable, je voudrais rappeler que la gestion d’actifs est un élément clef, d’une part, pour la stabilité de l’industrie financière et, d’autre part, pour la relance du financement de l’économie via la mobilisation de l’épargne longue. Dans ce contexte, il est essentiel de faire émerger des « asset managers » puissants capables de collecter l’épargne longue là où elle se trouve, en France et en Europe, mais aussi en Asie et au Moyen-Orient. L’émergence de grands acteurs est aussi une nécessité car cette industrie est sous la pression des revenus. Beaucoup de sociétés de gestion ont vu leur rentabilité fortement chuter en Europe. Or cette industrie a besoin d’investissements pour innover dans les produits et la performance, et de maîtriser les risques. Tout ceci pousse à un certain degré de concentration. Amundi étudiera toute opportunité au cas par cas.

Vous restez sur l’échec de la reprise de Pioneer. Avez-vous regardé le dossier de la vente de la gestion d’actifs de Deutsche Bank ?

Non. Nous avons une stratégie de croissance organique avant tout. La croissance externe ne peut être qu’un complément. Nous ne cherchons pas la course à la taille pour la taille. Comme je viens de le dire, nous étudierons les dossiers au cas par cas.

Comment voyez-vous cette année ?

Parmi les causes majeures de la crise financière telle qu’elle est apparue en 2007 figurent l’excès de dette et une transformation trop agressive. Il faudra nécessairement du temps pour apurer ces phénomènes. Les opérations de financement à trois ans de la BCE, en décembre et en février, répondent à cet objectif et ont redonné confiance dans le système. Par ailleurs, le problème grec, à défaut d’être définitivement réglé, est dorénavant bien circonscrit. L’économie réelle va mieux qu’anticipé – notamment en France -comme le montrent les chiffres affichés par les grands groupes. Au total nous sommes positifs sur les marchés actions, particulièrement européen, mais en veillant à une grande sélectivité dans le choix des valeurs.

Retrouvez l’interview complète ici

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