Les quatre leviers de la compétitivité

Les Echos

Dans un pays de Gaulois toujours prêts à se quereller, la formation d’un consensus est une exception. Or deux consensus émergent dans la campagne présidentielle qui prend en ce moment toute son ampleur. Le premier pourrait sembler évident après la crise grecque, les tempêtes financières en Europe et le replâtrage des institutions de la zone euro, mais il mérite d’être souligné : le déficit public n’est plus une solution mais un problème. C’est une vraie rupture pour une gauche qui baignait depuis des décennies dans un keynésianisme naïf comme pour une droite toujours prompte à basculer dans un keynésianisme reaganien. Le second est sans doute encore plus important : la France souffre d’un déficit de compétitivité. Les 70 milliards d’euros de déficit commercial enregistrés en 2011 ont sonné comme un coup de gong. Du coup, les idées protectionnistes fleurissent dans les parterres politiques comme primevères au printemps, avec presque autant de vigueur que les jeunes pousses d’impôts. Ce n’est évidemment pas la solution, même s’il conviendra peut-être agir ponctuellement, dans le cadre européen, sur quelques dossiers. En revanche, il faudra actionner simultanément quatre leviers pour enfin renforcer la compétitivité en oubliant les clichés du moment – le primat de l’industrie, la priorité de la recherche, le modèle allemand, la montée en gamme.

D’abord, il faut réconcilier les Français avec leurs entreprises. La compétitivité vient d’elles, petites ou grandes. Elle ne peut pas se bâtir contre elles. Le message vaut pour tous. Ensuite, il y a bel et bien une question de coût du travail. La France prélève plus de cotisations sociales sur le travail que la plupart des pays européens. Au-delà, elle taxe davantage les entreprises. Il faudra rééquilibrer le système de prélèvements sociaux et fiscaux. Troisième levier : il faut encourager les entreprises à travailler non sur leur positionnement de gamme, mais sur la qualité de leurs produits, de leur offre. Cela suppose d’élargir une conception de l’innovation trop souvent cantonnée à une vision purement technique. Cela suppose aussi un travail en profondeur sur la formation et l’école. Et cela débouche directement sur le quatrième levier, la nécessité impérieuse de renforcer le dialogue social, pour mieux diffuser l’innovation dans l’entreprise, du sommet à la base et aussi dans l’autre sens, pour parvenir à cet « empowerment » sans lequel il n’y aura pas de réussite d’entreprise demain. Ici, le consensus sera plus difficile à forger.

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