Goldman Sachs et les pantins

Les Echos

Les murs de la forteresse se fissurent. Mercredi, un banquier de Goldman Sachs a brisé la loi du silence, qui prévalait jusque-là au sein de la plus prestigieuse et de la plus impénétrable firme de Wall Street. Alors bien sûr, comme s’est empressé de le souligner le PDG, Lloyd Blankfein, dans un mémo envoyé à ses troupes, dans une entreprise de 30.000 personnes, il y a toujours des gens mécontents. C’est inévitable.

Il n’empêche, le témoignage de Greg Smith, un trader de produits dérivés sur le départ, change tout. Car ses révélations appuient là où ça fait mal. Elles valident le sentiment qui prévaut à l’égard de Goldman Sachs. En indiquant publiquement que la culture maison est toxique et destructrice et que l’établissement fait passer souvent son propre intérêt avant celui de ses clients, cette voix de l’intérieur accrédite l’idée largement répandue que la banque a perdu son âme. Et que, facteur aggravant, la crise financière n’y a rien changé. En dépit des nombreuses enquêtes ouvertes ces dernières années sur d’éventuels conflits d’intérêts en son sein, la dérive continue.

Ce que décrit en définitive ce pur produit Goldman, c’est le basculement d’une culture d’entreprise fondée jusqu’à la cotation sur le culte de l’excellence vers un modèle basé avant tout sur la quête du profit à tout prix. Comme si une fois abandonné le statut d’associés responsables sur leurs propres deniers attaché au partnership d’avant la Bourse, les dirigeants de Goldman Sachs avaient abandonné toute retenue dans leur recherche de la rentabilité.

Ces révélations n’ont évidemment pas de valeur juridique. Elles pèsent en revanche très lourd d’un point de vue symbolique dans le procès moral qui est fait à la banque et à ses dirigeants. C’est une pierre de plus dans le jardin de Goldman Sachs alors même que ses profits s’érodent et que son « business model », comme celui de toute la finance mondiale, doit être revisité. Dans un tel contexte, la dernière chose dont la banque ait besoin, c’est d’une révolte de ses clients, les « pantins », comme les surnomment certains au sein de la firme, selon Greg Smith. C’est pourquoi, il ne fait guère de doute que des gages de bonne conduite seront donnés pour calmer la vindicte. Mais les murs de la forteresse sont encore loin de tomber.

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