L’élection présidentielle française vue par les spécialistes de marché

Les Echos

L’élection présidentielle devrait avoir un impact limité sur le marché, en cas de victoire de l’un des deux principaux candidats. Mais certains secteurs seront davantage affectés que d’autres. Les investisseurs regardent avec attention le volet européen des programmes.

L\'élection présidentielle française vue par les spécialistes de marché

L’élection présidentielle française passionne les investisseurs. Nombre de statégistes et d’analystes publient depuis plusieurs semaines des études sur le sujet. Certains, comme Société Générale, préparent même des produits boursiers liés au scrutin !

Une victoire de Nicolas Sarkozy ou de François Hollande aurait pourtant un impact très modéré sur les marchés. François Hollande «  est peut-être un peu moins « market friendly » (« favorable au marché ») sur certains points comme les postes de fonctionnaires dans l’éducation ou les réformes du système bancaire. Mais l’effet global sur le marché devrait toutefois être limité », indique Stéphane Déo, chef économiste chez UBS. « La perception des investisseurs est moins positive à l’égard du candidat de gauche, ce qui est assez classique, ajoute Guillaume Menuet, économiste chez Citi. L’augmentation de la pression fiscale et le jugement que porteront les agences de notation inquiètent. La réaction des marchés dépendra surtout de sa communication sur les impôts et les dépenses publiques après les élections. »

Les autres candidats, eux, inspirent un certain scepticisme. Voire une vraie méfiance. « François Bayrou reste un inconnu pour bon nombre d’investisseurs étrangers, ce qui va générer une certaine incertitude », reprend Stéphane Déo. De son côté, une victoire de Marine Le Pen, «  serait un désastre pour le marché, compte tenu de son programme économique -notamment sa volonté de sortir de l’euro ».

En raison de la crise de la zone euro, le volet européen de la campagne présidentielle cristallise l’attention. «  Le fait que les socialistes se soient abstenus de voter le Mécanisme de stabilité européen (MES) fin février a inquiété les investisseurs, note Guillaume Menuet. Des socialistes ont ensuite expliqué qu’ils ne pouvaient pas appuyer un mécanisme qui manque d’ampleur et qui n’est pas lié à la BCE. » Quant à l’opposition de François Hollande au pacte budgétaire européen ou à la « règle d’or », Guillaume Menuet n’y croit pas. «  L’opposition qu’il affiche avant l’élection est d’abord motivée par le besoin de montrer qu’il peut lui-même choisir un cadre plutôt que de se le voir imposer. » Par ailleurs, l’économiste de Citi remarque que le candidat du PS veut surtout amender le traité pour y ajouter des clauses sur la croissance. «  Si le traité est déjà signé, il y a peu de chances que des amendements soient ajoutés, sauf s’ils sont cosmétiques. » Jim Leaviss, gérant de fonds britannique chez M&G, estime qu’une victoire de François Hollande peut soulever des inquiétudes quant aux aspects budgétaires, mais que ce scénario serait une bonne chose pour les euro-obligations, un ingrédient essentiel à la zone euro, selon lui.

Dans le contexte de crise des dettes, ces élections pourraient générer de la volatilité – presque même davantage que lors des précédentes -, relève Morgan Stanley. « Si François Hollande gagne, il faudra qu’il communique des propositions de réformes structurelles sur le marché du travail -dans la foulée de ce qui s’est fait dans d’autres pays comme l’Espagne -, ce qui va générer de l’incertitude, ajoute Nicolas Doisy, économiste chez CA Cheuvreux. Quoi qu’il en soit, les investisseurs anglo-saxons sont dans le flou sur les propositions des principaux candidats. Ils ont du mal à comprendre qu’il n’y ait pas de programmes très détaillés sur toutes les mesures annoncées. »

Inquiétudes du secteur bancaire

Certains secteurs vont être plus influencés que d’autres par le scrutin. Les analystes d’UBS ont étudié dans le détail l’impact d’une victoire de François Hollande. Le segment bancaire, qui fait l’objet de nombreuses propositions de réformes (isolement de certaines activités, taxes sur les transactions financières etc.) devrait être parmi les plus affectés. Une analyste de Deutsche Bank a même tenté de calculer la « décote Hollande », pour chiffrer l’impact des réformes sur le secteur. Celles-ci pourraient réduire les bénéfices attendus en 2013 des trois grandes banques françaises de 4 % à 8 % (« Les Echos » du 14 mars), selon Deutsche Bank.

Dans l’énergie et les services aux collectivités, la volonté de réduire la dépendance par rapport au nucléaire pourrait peser sur EDF et dans une moindre mesure sur GDF Suez. Si les tarifs de l’eau sont plafonnés et que les opérateurs ne peuvent pas répercuter les coûts supplémentaires, cela pourrait être négatif pour Veolia et Suez Environnement. Dans les secteurs de la défense et de l’aérospatiale, d’éventuelles « coupes » budgétaires pourraient peser sur Thales. A l’inverse, les propositions du candidat socialiste dans le logement (construction de logements sociaux, rénovations, etc.) pourraient être favorables à Saint-Gobain, Legrand, Icade ou encore Imerys.

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