L’austérité entre impératif et impasse

Les Echos

Il y a les froides statistiques, qui disent le niveau des déficits publics et de la dette, les efforts effectués et restant à accomplir. Il y a les chiffres inquiétants, qui montrent que les taux d’intérêt espagnols à dix ans sont revenus hier aux alentours de 6 %, plus haut niveau depuis cinq mois, Il y a la crainte que le répit observé sur la zone euro depuis janvier ne s’approche de sa fin. Mais il y a aussi les conséquences très concrètes des plans d’austérité qui se succèdent dans la vie des habitants du Sud de l’Europe ou du Royaume-Uni.

En Italie, le relèvement des taxes a fait passer le prix du litre d’essence à deux euros le litre, ceux de l’électricité ont grimpé et les impôts suivent la même pente. Avec ce qui est prévu à l’automne, la TVA aura augmenté de trois points en un an. C’est un peu plus que le tour de vis décidé au Royaume-Uni (2,5 points depuis 2011). Mais le gouvernement de Londres a, lui, d’ores et déjà supprimé près de 300.000 emplois publics et a partiellement désindexé les prestations sociales. En Irlande et au Portugal, les salaires des fonctionnaires ont plongé, de même qu’en Grèce bien sûr. On a même entendu ce week-end que les policiers hellènes étaient à louer ! En Espagne, les ménages aisés pourraient bien devoir payer de leur poche une part accrue de leurs dépenses de santé.

Ce tour d’Europe suscite trois réflexions. Amères. La première est que la France est loin d’être dans la même situation – elle a réussi à baisser ses déficits de deux points en un an sans entrer dans une spirale récessive -, mais personne ne peut jurer que c’est pour l’éternité. Tous ceux qui dénoncent depuis des mois la rigueur extrême des choix gouvernementaux n’ont qu’à jeter un oeil par-dessus les frontières pour constater qu’elle est encore tiède. Ici, les pensions, les salaires des fonctionnaires et les prestations sont versés en temps et en heure ; on ne trouve nulle part de chantiers arrêtés faute de crédits. Quand la France se regarde, elle se désole ; quand elle se compare, elle se rassure… à bon compte !

Deux : la frontière entre l’austérité efficace et la purge contre-productive est floue. Les efforts demandés à Athènes et Madrid sont-ils trop rapides ? Oui. Mais entre les marchés et la rue, les gouvernements ont choisi les premiers, faute d’alternative crédible.

Car – trois -, au-delà des mots, personne ne propose clairement un autre chemin. Contester le caractère unijambiste du traité européen recueille des applaudissements ; mais cela fait l’impasse sur le fait qu’il a été signé dans l’urgence, pour convaincre la BCE et Berlin d’agir. Exiger que l’Union soutienne davantage la croissance suscite forcément l’adhésion ; mais cela ne produirait au mieux ses effets qu’à moyen terme. Après les Trente Glorieuses et les Vingt Piteuses, les Dix Douloureuses. Nous y sommes.

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