Croissance et austérité budgétaire : l’impossible équation européenne

Les Echos

Les craintes exprimées sur les marchés obligataires et d’actions, mardi, et sur le retour d’une crise en Europe ne font que refléter un sentiment répandu : l’austérité budgétaire dessert la croissance et accroît les risques d’instabilité.

Croissance et austérité budgétaire : l\'impossible équation européenne

simple effet d’humeur ou réelle inquiétude. La forte chute des marchés d’actions mardi conjuguée à une tension des taux espagnols et italien (« Les Echos » du 11 avril) sont-elles les indices précurseurs d’une nouvelle crise européenne, comme l’an passé ? Hier, Paris et Berlin se sont efforcés de minimiser les risques et d’apaiser ces craintes. Reste que les foyers d’instabilité – politiques comme économiques -sont nombreux (voir ci-dessous).

Sur le plan conjoncturel, la croissance est toujours en berne. « Exception faite de la croissance marginale enregistrée en janvier, le repli de l’économie a été continu depuis septembre dernier », résumait la semaine dernière Chris Williamson, chef économiste chez Markit. Les indicateurs européens d’activité (consommation des ménages, marché de l’emploi et commerce extérieur) au mieux marquent le pas. Les enquêtes PMI de février auprès des directeurs d’achat « signalent un retour à la récession dans le secteur privé de la zone euro », indique-t-on chez leur concepteur, Markit. La consommation des ménages européens continuera de reculer au premier trimestre, pronostique Capital Economics. Les entreprises souffrent toujours, en particulier les PME, « la colonne vertébrale de l’économie européenne », rappelle Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE. Fin 2011, le nombre d’entreprises qui connaissaient des difficultés de financement était supérieur à celui de 2009, soulignait-il, hier à Paris, devant des trésoriers d’entreprise.

Zone euro  : 10,8 % de chômage

Le redressement des exportations « ralentit », ajoute Capital Economics. Quant au marché de l’emploi, il se détériore en dépit des bons résultats de l’Allemagne. Le taux de chômage dans la zone euro était de 10,8 % en février (10,2 % dans l’Union européenne). Et cette situation a toutes les chances de durer si l’on en croit Jean-Michel Six, économiste chez Standard & Poor’s. « La légère récession en cours dans la zone euro devrait se poursuivre jusqu’au 3trimestre. Il faudra attendre la fin de l’année et le début 2013 pour se redresser dans des proportions modestes », juge l’expert. La banque d’affaires Goldman Sachs table sur un recul de 0,5 % du PIB en 2012 suivi par une hausse contenue de 0,6 % l’an prochain. Il faut « focaliser nos efforts pour relancer la croissance », affirmaient fin février 12 chefs d’Etat européens. Nécessaires au redressement des comptes publics de plusieurs pays de la zone euro, l’austérité et les réformes structurelles jouent dans l’immédiat en défaveur de la croissance. « Si les réformes structurelles sont faites pour accroître la croissance potentielle future, à court terme, elles vont plus probablement accroître la récession avec pour résultat de retarder la stabilisation du fardeau de la dette », développent les économistes chez HSBC.

Fragilité des dispositifs pare-feu

La Grèce, le Portugal, l’Italie et l’Espagne en font déjà les frais. Goldman Sachs anticipe une contraction des PIB italien et espagnol respectivement de 1,3 et 1,7 % en 2012. La récession devrait se poursuivre en 2013 en Espagne (- 0,7 %) alors que l’économie transalpine afficherait une croissance nulle. La Grèce s’achemine vers une nouvelle baisse du PIB de 5 % au mieux, alerte l’institut de recherche Iobe. Le Portugal, lui, terminerait l’année sur un repli de 3,3 % de son PIB, calcule la Commission européenne. A la menace sur la croissance posée par la consolidation budgétaire et les réformes structurelles s’ajoute le risque de déstabilisation politique. En Grèce, les derniers sondages donnent gagnant aux élections anticipées du 6 mai le camp des opposants à l’austérité. En Irlande, le référendum de la fin mai sur le nouveau traité de discipline budgétaire devrait bien se passer mais la victoire est loin d’être acquise. En Italie et en Espagne, les réactions hostiles à la discipline budgétaire se multiplient. Autant de signaux qui font craindre le retour de la crise systémique en Europe et qui mettent en évidence la fragilité des dispositifs pare-feu mis en oeuvre.

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