Les cinq clefs de la percée de Jean-Luc Mélenchon

Les Echos

Le candidat du Front de gauche est dorénavant au coude-à-coude avec Marine Le Pen pour arracher la troisième place de la présidentielle. Explication d’une réussite.

Crédité désormais de 13 % à 15 % des intentions de vote, le candidat du Front de gauche est la révélation de la campagne. Il pourrait même être le troisième homme de la présidentielle. Explication d’une réussite inattendue.

1 Des talents de tribun

Même ses adversaires le reconnaissent : Jean-Luc Mélenchon est un orateur brillant, capable d’enflammer une salle. « Il est sans doute l’un des candidats qui dispose du plus gros bagage culturel. Cela se sent dans ses meetings », note Jérôme Fourquet, de l’Ifop. Pour faire passer ses idées, Jean-Luc Mélenchon inscrit ses prises de parole et ses rassemblements populaires dans un espace-temps de l’histoire de la France républicaine à l’image de la « marche citoyenne » sur la place de la Bastille le 18 mars, jour anniversaire de la Commune. A la manière des Indignés, les sympathisants sont invités à occuper l’espace public. Ce qui lui permet de séduire un électorat plus jeune.

2 Le leadership de la gauche radicale

Jean-Luc Mélenchon a réussi une véritable OPA sur l’électorat de la gauche de la gauche. Les autres candidats à la présidentielle qui tentent de convaincre cette fraction de la population, que ce soit Nathalie Arthaud pour LO ou Philippe Poutou pour le NPA, n’obtiennent que des miettes dans les intentions de vote (entre 0,5 % et 1 % chacun), du fait de leur faible notoriété et de leur inexpérience. Le candidat du Front de gauche a réussi à se présenter comme le fédérateur de la gauche radicale. Il ménage en tout cas le Parti communiste qui l’a investi. A chaque fin de meeting, il prend soin que les leaders du PC soient sur la photo. La désignation de François Hollande à l’issue de la primaire du PS lui a aussi dégagé plus d’espace à gauche que si le choix s’était porté sur Martine Aubry, une personnalité plus clivante et – en apparence au moins -plus éloignée du centre.

3 La stratégie « Front contre Front »

Avant même que la campagne ne démarre, Jean-Luc Mélenchon avait annoncé la couleur : lui et ses troupes se chargeraient de faire tomber le masque de Marine Le Pen, alors en pleine « opération séduction » de l’électorat ouvrier. Les militants du Front de gauche ont « mouillé le maillot » et disputé les sorties d’usine à la candidate du FN. Leur candidat a investi les villes étapes de son adversaire pour en relativiser l’audience. Son meeting de Metz, le 19 janvier dernier, a rassemblé 3.500 personnes, trois fois plus que Marine Le Pen un mois plus tôt. Cette guérilla menée contre les idées de la candidate d’extrême droite là où elle les exprime a plu à l’électorat de gauche.

4 Des idées reprises par ses adversaires

S’ils en critiquent la radicalité, certaines propositions du candidat Mélenchon n’en ont pas moins inspiré Sarkzoy et Hollande. Le candidat du Front de gauche a été le premier à s’attaquer à la question des exilés fiscaux avant que ses adversaires ne lui emboîtent le pas. Et son rival socialiste l’a en partie suivi sur la taxation des hauts revenus avec son taux de 75 % au-delà de 1 million d’euros. En s’avançant sur son terrain, les deux favoris ont d’une certaine manière donné raison à Jean-Luc Mélenchon, qui n’a pas manqué de prendre l’opinion à témoin. Avant tout le monde, l’ancien sénateur socialiste a su capter une demande de radicalité dans une partie de l’électorat.

5 La logistique du PC

Le Parti communiste n’a pas été en mesure de trouver dans ses rangs un leader doté d’assez de charisme pour porter ses idées au-delà de sa base électorale traditionnelle. Une aubaine pour Jean-Luc Mélenchon, qui a beaucoup de présence, mais manque cruellement de troupes avec son petit Parti de gauche. Les réseaux d’élus locaux, les bataillons de militants et les forces logistiques du PC ont beaucoup contribué à la montée en puissance de sa campagne sur le terrain. La CGT, dont les troupes sont très présentes dans les meetings du candidat du Front de gauche, lui offre une force d’appoint non négligeable.

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