Election présidentielle : les vrais risques pour les marchés

Les Echos

Nicolas Sarkozy a agité le spectre d’attaques spéculatives en cas de victoire de François Hollande à l’élection présidentielle. Les marchés n’aiment pas le changement. La volatilité devrait augmenter et les taux français pourraient monter si les premières annonces sont mal reçues.

Election présidentielle : les vrais risques pour les marchés

Est-ce qu’un gouvernement de gauche aurait la volonté et la capacité d’honorer les engagements de l’Etat sur sa dette ? » La question est posée par Standard & Poor’s, dans un rapport spécial intitulé « La Gauche et la note de crédit de la France ». Sauf que ce rapport a été publié avant les législatives de 1978. Il visait à rassurer les investisseurs américains, inquiets d’une possible arrivée au pouvoir de la gauche en France. Aujourd’hui, les agences soulignent que leurs décisions ne se fondent ni sur une couleur politique ni sur des programmes de campagne. « Nous attendrons le résultat de l’élection et les mesures politiques qui suivront pour nous faire une opinion », assure Maria Malas, analyste chez Fitch. François Hollande a indiqué que, Moody’s, qui a mis la note de la France sous surveillance négative, devrait rendre une décision le 12 mai, mais cette dernière «  ne sera pas une conséquence du vote du 6 mai par les Français », a-t-il tenu à préciser.

Certains en doutent.Selon Jean-François Robin, stratège chez Natixis, le marché pourrait réagir vivement à l’élection. « On le voit, en particulier chez les investisseurs étrangers, l’hypothèse d’une victoire de François Hollande n’est pas encore intégrée, malgré les sondages. » Or, d’après le stratège, tout changement de majorité provoquera de l’incertitude et donc des tensions. « Le « spread » (l’écart de taux France-Allemagne) peut s’envoler à 200 points de base si Hollande est élu et qu’il s’empresse de faire des annonces qui déplaisent aux marchés », prévient le spécialiste. Notamment s’il réitère sa récente charge contre le monde de la finance ou évoque immédiatement l’âge de départ à la retraite, l’impôt sur les revenus des plus riches ou la scission des activités de banque d’investissement et de banque de dépôt. « Ces mesures sont en réalité plus symboliques que fondamentales, mais le signal envoyé serait négatif », poursuit Jean-François Robin, qui estime que, passées les premières réactions épidermiques, les tensions retomberont et les investisseurs se concentreront sur les élections législatives et les sujets vraiment essentiels.

Loi de Finances rectificative

« C’est le débat autour de la loi de Finances rectificative qui sera le principal déterminant pour les marchés », juge Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC. « On a bien vu, dans le cas de l’Espagne, que c’est au moment où le gouvernement a annoncé qu’il ne respecterait pas les engagements budgétaires de cette année que les secousses ont commencé. » Une analyse partagée par le gouverneur de la Banque de France. « L’expérience de ces dernières années montre que l’essentiel pour les marchés c’est la clarté du discours et la constance de la trajectoire de la dette, tranche Christian Noyer. Le nouveau gouvernement devra être très clair sur la poursuite du chemin de désendettement et de réduction du déficit ; le sentier approuvé par Bruxelles devra être maintenu. » Pour le moment, le marché est assez confiant, même si la gauche gagne. La France doit ramener son déficit budgétaire à 3 % du PIB en 2013. Un objectif qui semble accessible selon Jean-Louis Mourier, dans la mesure où l’Etat a un peu d’avance sur sa réduction de déficit et a bénéficié d’une croissance stable au premier trimestre. Quant à la date de retour à l’équilibre des comptes publics – 2016 pour Nicolas Sarkozy, 2017 pour François Hollande -, elle ne semble pas être un sujet de préoccupation.

A plus long terme, ce qui va compter pour le niveau des taux français et sa notation sera la capacité du gouvernement à engager des réformes structurelles. « Le « spread » restera à un niveau relativement élevé tant que l’on n’aura pas traité les problèmes de compétitivité, de marché du travail, de déficit extérieur et de dépenses publiques », confie le stratège de Natixis. Dans ce domaine, la comparaison avec des pays comme l’Italie, le Portugal ou l’Espagne, qui font des efforts impressionnants, pourrait devenir peu flatteuse pour l’Hexagone.

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