En économie, Nicolas Sarkozy glisse vers la gauche

Les Echos

S’il vous plaît, allez jusqu’au bout. Oui, cela peut paraître incroyable. Il faut pourtant aller parfois au-delà des pentes naturelles, des affichages politiques, des représentations construites. Regarder la réalité telle qu’elle est, et non pas l’idée que l’on s’en fait. Et en cette campagne présidentielle, la réalité est dérangeante : le candidat de droite se présente avec un programme économique de gauche. Augmentation des petits salaires financée par une fiscalité accrue sur les dividendes, taxation des transactions financières et des exilés fiscaux, impôt minimal sur les grands groupes… Ces promesses figurent parmi les 32 propositions du président-candidat UMP, qui se veut l’héritier du gaullisme. Et pourtant, qui pourrait sérieusement soutenir que ces mesures sont de droite ? Certaines pourraient être issues du programme de Jean-Luc Mélenchon, le tonitruant candidat du Front de gauche !

Evidemment, avec une dette publique au plus haut depuis plus d’un demi-siècle, l’air n’est pas à la baisse d’impôts, qui avait été un « marqueur » politique de droite employé notamment par Jacques Chirac en 1986 et 2002, puis par Nicolas Sarkozy en 2007. Mais il y a plusieurs façons de réduire le déficit budgétaire. Nicolas Sarkozy a choisi le dosage qu’offrait aux électeurs… la gauche britannique en 2010 (deux tiers de baisses de dépenses publiques, un tiers de hausses d’impôts). Et parmi les mesures fiscales proposées par Nicolas Sarkozy, beaucoup concernent « les riches », particuliers et entreprises. Il s’agit des solutions classiques de gauche. Au Royaume-Uni, un gouvernement de droite qui applique une rigueur implacable s’apprête à baisser le taux marginal supérieur de l’impôt sur le revenu.

Il y a bien sûr des exceptions apparentes dans ce penchant à gauche de Nicolas Sarkozy. Le candidat UMP veut abaisser les charges sociales patronales, notamment pour les seniors… mais c’est la gauche qui a commencé à abaisser les charges patronales, au début des années 1990, pour encourager (avec succès !) l’emploi des non-qualifiés. Il a déjà fait voter la « TVA sociale »… mais des politiques de gauche l’avaient préconisée et les sociaux-démocrates allemands l’ont entérinée dans la « grande coalition » qui les unissait à la CDU d’Angela Merkel. Il veut aussi réduire de moitié les droits de mutation sur les résidences principales. Mais il avait accru, l’été dernier, un impôt qui vise aussi les propriétaires immobiliers : la taxation des plus-values sur les résidences secondaires et les logements locatifs. Une analyse plus fine fait, là aussi, basculer le curseur à gauche. Car les droits de mutation de notaire sont payés par les acquéreurs, a priori moins bien lotis que les vendeurs…

Deux autres « marqueurs » traditionnels de la droite sont aussi absents du programme 2012 de Nicolas Sarkozy. Le premier est l’ouverture du pays sur le monde et l’Europe, lancée par Charles de Gaulle, poursuivie par Valéry Giscard d’Estaing, prolongée par Jacques Chirac. Le président sortant menace au contraire de fermer la porte si des conditions ne sont pas réunies -réciprocité dans les échanges commerciaux entre l’Europe et le reste du monde, meilleur contrôle aux frontières. Le second est le soutien aux grandes entreprises qui s’était manifesté par différents canaux (privatisations des années 1980, abaissement de l’impôt sur les sociétés), caricaturé par la gauche comme « la politique du grand capital ».

Exit cette politique. Dans la pensée sarkozienne, les grandes entreprises semblent des cibles fiscales et des oppresseurs de PME. L’idée de réserver une partie des commandes publiques aux PME européennes vient certes du Small Business Act, signé aux Etats-Unis par le président républicain Dwight D. Eisenhower en 1953. Mais la survie de cette loi ces dernières années vient de la résistance des démocrates face aux offensives de la droite américaine…

Que reste-t-il alors comme marqueurs de droite dans le programme économique de Nicolas Sarkozy ? Il en reste trois. Le premier est la baisse de la dépense publique, en particulier par le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Le deuxième est la possibilité de signer plus facilement des accords sociaux au niveau de l’entreprise sur des thèmes actuellement réservés aux négociations de branche, voire à la loi (durée du travail, éléments de rémunération…). Mais il suffit de voir ce qui s’est passé en Allemagne, en Suède ou en Nouvelle-Zélande pour voir que de telles mesures peuvent être tout aussi bien mises en oeuvre par un gouvernement de gauche.

Le troisième marqueur, le seul qui caractérise vraiment une politique de droite, est la lutte contre l’assistanat, qui se traduit par exemple dans les sept heures d’activité d’intérêt général qui deviendraient obligatoires pour les allocataires du revenu de solidarité active. Voilà pourquoi on n’a sans doute pas fini d’entendre haut et fort les propositions autour de ce thème.

La glissade à gauche du programme économique sarkozien a une cause et une conséquence. La cause est simple : pour l’emporter cette fois-ci, le candidat UMP veut absolument échapper à l’étiquette de « président des riches » qui lui colle à la peau depuis la soirée du Fouquet’s, les vacances en yacht et l’allégement de l’impôt sur la fortune. D’où l’imagination fiscale débridée de ces derniers mois.

Le président entend aussi se présenter en protecteur des Français et en particulier des plus faibles, ce qui l’entraîne à gauche. La conséquence de ce positionnement économique très inhabituel est, elle aussi, limpide : pour séduire son électorat traditionnel, Nicolas Sarkozy rééquilibre son programme en affichant des positions très à droite sur des thèmes sociétaux comme l’immigration. Reste à savoir si ce grand écart peut permettre de gagner les élections.

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