Obligation de résultat

Les Echos

Une fois encore, au lendemain du premier tour d’une élection présidentielle, la France républicaine se réveille avec une vague gueule de bois. Elle que l’Europe regardait se découvre bien plus populiste qu’elle ne l’imaginait, ouverte aux illusions extrémistes. Il serait irresponsable de faire du nombre de voix historique obtenu, dans cette élection reine, par la présidente du Front national, Marine Le Pen, le seul enseignement de ce scrutin, mais il serait impardonnable de s’en consoler au motif de son élimination. Dix ans après le choc du 21 avril 2002, qui avait placé Jean-Marie Le Pen au second tour, l’irréparable n’a pas été commis et cela valide au moins un élément de la stratégie de Nicolas Sarkozy, qui était d’être l’unique représentant de la droite modérée.

On mesure, a posteriori, que le risque d’un 21 avril à l’envers n’était pas une menace en l’air. Le message adressé par cet électorat est sans doute différent et plus complexe qu’il y a dix ans. Dans un pays dont des bourgs ruraux sans histoire ont placé sans vergogne Marine Le Pen à portée des grands candidats modérés, il traduit, plus que le rejet de l’autre et de l’Europe, la crise de confiance née d’une crise du résultat politique. Les opinions publiques européennes n’ont manifesté aucune indulgence à l’égard des majorités au pouvoir pendant la tempête économique apparue en 2008 et la droite française n’échappe pas à ce désaveu, bien qu’elle ait oeuvré à rendre l’économie nationale plus résiliente que la plupart. L’ombre de Marine Le Pen planera sur la campagne du second tour. Nicolas Sarkozy comme François Hollande ont le devoir de convaincre qu’ils réussiront par des politiques orthodoxes, qui ont échoué depuis trente ans non pas faute de l’avoir été trop, mais de ne pas l’avoir été assez.

Cette obligation de résultat n’est pas seulement impérieuse pour l’économie mais aussi pour l’état moral de la société. Or cette voie-là demeure heureusement majoritaire dans le pays. Près de deux électeurs sur trois ont voté pour une forme de réalisme économique, qu’il soit de droite ou de gauche. C’est désormais ce choix et nul autre qui s’offre aux Français. Le premier, défendu par Nicolas Sarkozy, prône une politique éprouvée de réduction rapide des déficits par la baisse de la dépense publique et le soutien à la compétitivité. Le deuxième, incarné par François Hollande, s’accommode d’un chemin plus lent, privilégiant l’impôt, en particulier sur les entreprises, et préservant notre vieille accoutumance à l’Etat providence. L’un doit encore convaincre les Français, l’autre les marchés.

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