Christine Lagarde : « La zone euro doit aller au-delà de l’union monétaire »

Les Echos

Pour la directrice générale du FMI, les pays européens n’ont pas d’autre choix que la consolidation budgétaire. Elle plaide pour une intégration budgétaire et financière plus poussée.

Pour la directrice générale du FMI, les pays européens n’ont pas d’autre choix que la consolidation budgétaire. Elle plaide pour une intégration budgétaire et financière plus poussée.

A l’issue des réunions de ce week-end, les ministres des Finances du G20 et le FMI ont indiqué que « beaucoup reste à faire » pour assurer une croissance mondiale stable, équilibrée et durable. Quels sont les travaux à réaliser ?

Aux Etats-Unis, fin décembre, l’administration se trouvera face à un « mur budgétaire » potentiel puisque le régime des baisses d’impôts arrive à son terme. Des coupes budgétaires interviendront automatiquement si aucun accord politique n’est trouvé d’ici là. Le déficit public américain diminuerait de 3 points de PIB. C’est brutal pour l’économie, qui serait alors en péril. Il faut espérer, malgré la campagne électorale, que les responsables politiques s’entendent sur ce sujet.

En Europe, les nombreuses décisions qui ont été prises en matière de consolidation budgétaire, de réformes structurelles, doivent être absolument tenues. Pas seulement à court terme, mais également sur le long et moyen terme. Le travail en cours de recapitalisation des banques doit être lui aussi complètement effectué. Et ce de manière résolue. Il faut aussi que la Banque centrale européenne poursuive sa mission de pourvoyeuse de liquidités qu’elle a jouée jusqu’à maintenant.

Les grands pays émergents, eux, doivent être attentifs au risque de surchauffe de leur économie, aux risques d’inflation et de formation de bulles, y compris d’une bulle de crédit.

De manière plus générale, même si l’on en parle moins aujourd’hui, il faut arriver à un rééquilibrage entre les zones économiques dégageant un excédent de leur balance des paiements et les zones économiques souffrant d’un déficit. Je pense plus particulièrement à la Chine pour le premier ensemble de pays et aux Etats-Unis pour le second. Certes, le rééquilibrage est en cours. La balance des paiements courants de la Chine s’est fortement réduite, passant de plus de 10 % du PIB à moins de 3 % aujourd’hui. Le déficit de la balance extérieure américaine s’est lui aussi réduit. Mais, ce n’est pas forcément pour les bonnes raisons. Il n’est que partiellement dû à des restructurations de fond de l’économie. Côté chinois, le recul des excédents est aussi lié à une moindre demande externe consécutive au ralentissement de l’économie européenne, par exemple.

Justement, au plan européen, plusieurs pays font face à des échéances électorales dans les prochaines semaines. Que ce soit en France, en Grèce et probablement aux Pays-Bas. Quel est le message du FMI aux futurs responsables politiques ?

Indépendamment de toute considération politique, nous sommes en face d’une zone liée par une monnaie unique. Et il nous semble très important que cette zone monétaire poursuive son intégration sur le plan budgétaire, sur le plan financier et qu’elle aille plus loin dans le partage des responsabilités. Tout ce qui peut remettre en cause l’Europe et plus particulièrement la zone euro sur le plan économique, monétaire et financier constitue un risque d’aggravation de la situation. Il faut aller plus loin que la seule zone monétaire.

Estimez-vous que la population européenne n’a pas d’autres choix que des sacrifices, notamment en termes de salaire, pour redresser la situation. Est-ce la fin du modèle social européen ?

Une des conditions du progrès économique et de l’amélioration de la croissance passe parce que nous appelons, ici, « plus et mieux d’Europe ». Il faut dépasser l’échelle de l’intérêt national de chacun. L’idée n’est pas non plus d’organiser une Europe des transferts. Mais pour améliorer la productivité, l’efficacité économique, les infrastructures, il faut une relance de l’activité par des prêts, des investissements productifs dans un certain nombre de pays où la demande est faible. Cependant, si un pays est sous l’emprise d’un déficit et d’une dette publique très élevés, je ne vois pas d’autres solutions que la consolidation budgétaire. Il est impératif de diminuer les dépenses de l’Etat et d’augmenter les revenus pour revenir à une trajectoire plus saine.

L’Allemagne dispose d’une marge de manoeuvre plus importante sur le plan budgétaire selon les différents rapports publiés par votre institution. Ce pays doit-il faire plus pour une meilleure intégration de la zone euro ?

Pas seulement l’Allemagne. Tous les pays de la zone euro. C’est le sens de l’histoire de l’Europe. La difficulté, aujourd’hui, c’est qu’un certain nombre de pays de la zone euro doivent donner des gages à l’Allemagne, aux Pays-Bas, à la Finlande, quant à leur détermination à améliorer leurs facteurs de productivité, l’efficacité de l’ensemble de leur économie. Sur le plan financier, par exemple, il faut aussi une vraie supervision européenne et la mise en place de véritables mécanismes de résolution et de liquidation des établissements financiers.

Il existe en Europe, un débat sur la politique que doit conduire la Banque centrale européenne. Certains s’inquiètent du gonflement excessif de son bilan, à l’instar de la Fed aux Etats-Unis ou de la Banque d’Angleterre. Il pourrait être générateur d’inflation. Que préconisez-vous, voyez-vous un danger ?

Pour l’heure, les politiques non conventionnelles doivent être poursuivies pour les pays qui doivent passer par le frein budgétaire. Quant au risque inflationniste, il ne se matérialise pas. Sauf, peut-être, dans certaines économies qui fonctionnent à plein régime. Mais, à ce stade, il n’y a pas d’inflation sous-jacente qui pourrait mettre la zone euro en péril par rapport aux objectifs de stabilité recherchés.

Le week-end dernier, vous avez obtenu l’engagement de bon nombre de pays membres du FMI d’une augmentation de plus de 430 milliards de dollars de ressources. Etes-vous satisfaite de ce montant ? Estimez-vous que le FMI est paré pour affronter toute crise qui pourrait se présenter ?

Je suis satisfaite du résultat par rapport aux objectifs que nous nous étions fixés. Nous avions prévu d’atteindre 400 et, sur la base des chiffres que je connais aujourd’hui, nous sommes au-delà. Certains des pays émergents n’ont pas encore calibré le montant de leur participation et ne sont donc pas comptabilisés dans les chiffres. De ce fait, nous allons dépasser 430 milliards de dollars. L’objectif a été établi sur la base d’une appréciation du risque, réalisée fin mars par les services du Fonds. Nous l’avons revu à la baisse par rapport à nos précédentes estimations qui dataient du mois de décembre. D’où le montant réajusté à 400 milliards et non plus 600. Je pense que l’on dispose quand même d’une force de frappe totale, engagée et engageable, qui excède les 1.000 milliards de dollars. La boite à outils anticrise est donc bien remplie.

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