Du « Titanic » à la zone euro

Les Echos

Nous pouvons encore éviter le naufrage, mais l’iceberg se rapproche. Dans le « Titanic » de James Cameron, que l’on peut désormais voir en trois dimensions, les deux vigies donnent l’alerte trop tard. Eventré par le bloc de glace, le paquebot coule moins de trois heures plus tard. Dans le film « Zone euro », la fin n’est pas encore écrite. Mais il est encore temps de sonner le tocsin à l’approche du bloc de glace espagnol. Surtout que nous avons déjà expérimenté les dégâts que pouvait causer le glaçon grec sur le navire européen. Le scénario des prochains mois est familier. Un Etat qui affiche un déficit budgétaire bien pire que prévu. Un plan d’austérité sévère imposé par Bruxelles. Une activité plombée par la baisse des dépenses publiques et la hausse des impôts, sans que les experts et les gouvernants européens ne l’aient anticipé. Des investisseurs qui vendent. Une exigence encore accrue d’austérité, et la spirale dépressive est désormais auto-entretenue. Nous ne pouvons pas dire que nous ignorons ce qui va se passer, ce qui se passe déjà en Espagne : nous l’avons déjà vu en Grèce. Et nous risquons de le voir en Italie et au Portugal. Inutile de se raconter des histoires : l’iceberg est devant nous.

Il faut donc changer de direction. En finir avec cette fiction intenable d’une rigueur budgétaire brutale qui assainit instantanément les comptes. Oublier une théorie qui s’inspire d’épisodes très différents (Canada, Suède…) où la monnaie avait été massivement dévaluée, où la politique monétaire était devenue beaucoup plus accommodante. La pratique déployée dans l’Europe actuelle ressemble de plus en plus aux purges meurtrières préconisées par les Diafoirus du XVII e siècle. Il n’est pas question pour autant d’abandonner l’objectif d’un assainissement des finances publiques, il faut essayer de l’atteindre autrement. Cela suppose bien sûr des réflexions en profondeur, de longues discussions entre des Européens très divisés sur la question. En attendant, deux actions peuvent être décidées très vite. La première consiste à étaler les calendriers de l’assainissement dans les pays les plus atteints. C’est le seul moyen de redevenir crédible auprès des investisseurs, sans lesquels la faillite est certaine. La seconde action porte sur la mobilisation des leviers européens disponibles pour soutenir l’activité dans les pays les plus faibles, comme par exemple la Banque européenne d’investissement. Il faut agir maintenant. Le « Titanic » a coulé parce qu’il avait viré trop tard.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :