Un casse-tête esquivé par les candidats

Les Echos

Nicolas Sarkozy, coincé par son bilan, met peu en avant ses mesures pour l’emploi. Faute d’idées novatrices, François Hollande assure le minimum. Les réformes structurelles sont peu évoquées.

Déficit, impôts, Europe, immigration, sécurité, postes d’enseignants, SMIC, voire viande hallal : la liste des sujets dont les Français ont plus entendu parler que d’emploi est longue. En dépit de l’ampleur du chômage et des inquiétudes des électeurs, tant Nicolas Sarkozy que François Hollande ont eu tendance à esquiver, même s’ils s’en défendent, ce sujet piégeur. N’en déplaise aux syndicats et aux entreprises, qui n’auront cessé de les appeler à mettre la refonte des politiques de l’emploi et du marché du travail au coeur de leurs ambitions.

Mesures impopulaires

Le chef de l’Etat en avait pourtant fait un thème clef de son entrée en campagne, en vue de réinvestir la valeur travail et de peaufiner son discours autour de la notion de « droits et devoirs » des chômeurs (en promettant un référendum pour l’imposer). Mais, ensuite, il n’a guère précisé ses intentions, contraint de constater que le dossier remettait irrémédiablement son bilan (+ 730.000 chômeurs de catégorie A en cinq ans) sur le devant de la scène. Et en dépit d’un programme plus novateur – et plus risqué -que son opposant, l’impopularité de mesures comme la TVA antidélocalisation et les accords compétitivité-emploi l’ont aussi contraint à une relative discrétion : difficile de faire campagne sur la hausse de la TVA et des éventuelles baisses des salaires… L’UMP préfère parler plus globalement de compétitivité et elle a tout de même réussi à faire de la baisse du coût du travail un thème fort de sa campagne, mettant la gauche sur la défensive.

Le PS, de son côté, prend régulièrement soin, occultant l’impact de la crise, de fustiger le bilan du président. Mardi encore, François Hollande l’a qualifié de « candidat du vrai chômage ». Mais il se montre moins volubile au moment d’avancer des solutions. Pour cause, la hausse annoncée du chômage ces prochains mois n’incite pas aux grandes promesses et son programme, très classique, ne suscite pas beaucoup d’élan. Sa mesure phare, le contrat de génération, ne convainc pas grand-monde, y compris dans son camp. Les contrats d’avenir, nouvelle version des emplois jeunes de Lionel Jospin, renvoient surtout l’image d’un parti peinant à innover en matière d’emploi.

Dans ce contexte, François Hollande a surtout investi, dans ses discours, sur des mesures aux effets limités mais à forte portée symbolique, comme la lutte contre les délocalisations et les fermetures d’usine. Il surfe aussi ces derniers jours sur son souhait d’une relance européenne, qui commence à faire des adeptes.

Reste le sentiment d’un rendez-vous raté avec le grand débat de fond que les organisations internationales pressent de lancer (lire ci-contre). Misant avant tout, à des degrés divers, sur l’arme traditionnelle des baisses de charges sur les embauches, Nicolas Sarkozy et François Hollande n’ont pas prôné de réformes structurelles du marché du travail (contrats de travail plus souples, refonte des allocations chômage). La « flexisécurité » à la française reste à inventer. Au risque pour la France de s’isoler de ses partenaires européens.

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