« L’efficacité économique est la grande absente de la campagne »

Les Echos

BRUNO CAVALIER ÉCONOMISTE EN CHEF CHEZ ODDO

dr

Contrairement à d’autres économistes, vous ne vous êtes prononcé pour aucun des deux candidats. Est-ce à dire que leurs programmes se valent ?

Chacun doit être libre de son choix. Mais avant de juger les programmes, il faut d’abord regarder le diagnostic qui est fait des problèmes de l’économie française. A mon sens, celui de Nicolas Sarkozy est plus en phase avec la réalité européenne et mondiale que celui de François Hollande. Malgré des marges budgétaires étroites, le candidat socialiste s’inspire encore d’une logique assez datée, qui pointe l’insuffisance de la demande plutôt que l’inefficacité de l’offre. D’où les annonces portant sur le soutien de l’emploi public et la revalorisation du SMIC. Si l’on admet que les entreprises françaises manquent de compétitivité, et que cela s’explique pour partie par le niveau excessif du coût du travail, il est clair qu’une mesure type TVA sociale paraît plus adaptée aux enjeux.

En tant qu’économiste, que retenez-vous du débat qui a opposé les deux candidats mercredi soir ?

Malheureusement, pas grand-chose. A quelques jours du second tour, un tel débat est destiné à convaincre les indécis. Je ne vois pas en quoi le spectacle de mercredi soir a pu orienter leur choix. La querelle de chiffres à laquelle se sont prêtés les deux candidats n’intéresse pas grand monde, à l’exception peut-être des journalistes et des économistes !

Qu’a-t-il manqué à ce débat ?

La France doit faire face à trois enjeux majeurs : la maîtrise des comptes publics, le sauvetage de l’Europe et le renforcement de son économie. Les deux premiers sujets sont bien présents dans les débats, avec de vraies différences entre les camps. L’efficacité économique, en revanche, est la grande absente de la campagne. Presque rien n’a été proposé pour aider les entreprises à améliorer leur compétitivité. Certaines mesures annoncées existent déjà, sous une autre forme, comme la banque d’investissement. Les propositions sont bien modestes au regard de ce que font nos voisins européens. Lorsque Mario Monti est arrivé au pouvoir en Italie, il a annoncé et entrepris des réformes ambitieuses, concernant le marché du travail par exemple. Rien de tel chez nous à ce stade.

Quelles mesures auriez-vous souhaité entendre dans cette campagne pour relancer l’économie française ?

Réformer le marché du travail me paraît essentiel, ce qui retentit sur la formation des personnes. La flexibilité ne restaurera pas le plein-emploi d’un claquement de doigt mais en dynamisant les flux, on peut casser la barrière entre les « insiders » protégés et les « outsiders » précaires. Aucun candidat ne s’est emparé de ce sujet-là. C’est ce qu’a fait l’Allemagne entre 2003 et 2005 avec les réformes « Hartz ». Résultat des courses, depuis 2007, la croissance de l’emploi outre-Rhin surclasse la France de près d’un point par an.

Vous ne retenez donc aucune proposition positive dans cette campagne ?

Si. Contraints et forcés, les deux candidats admettent qu’on doit en finir avec les déficits publics.

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