Quand les marchés arrêteront de broyer du noir…

Les Echos

La Grèce est dans une situation critique, et la zone euro au bord du précipice, concède Quintin Price. Mais les valorisations des marchés sont beaucoup trop déconnectées des fondamentaux, affirme le directeur des investissements actions de BlackRock. Entretien.

Et si l’on arrêtait de penser au pire ? Si l’on tentait de s’extraire, quelques instants, de l’avalanche de mauvaises nouvelles dans la zone euro, pour se pencher sur les fondamentaux des marchés ? Un tel discours paraît difficile à tenir aujourd’hui : les risques d’une sortie de la Grèce de la zone euro n’ont jamais semblé aussi élevés, la contagion menace de gagner l’Espagne et l’Italie, le secteur bancaire européen est malmené par les investisseurs… C’est pourtant le message que tente de faire passer Quintin Price, le directeur des investissements de Black-Rock pour la gestion actions « fondamentale ». Et ce message n’est pas anodin, quand on sait qu’il émane d’un expert basé à Londres, qui a la main sur la gestion de 230 milliards de dollars d’actions (180 milliards d’euros), BlackRock étant le plus gros gestionnaire d’actifs au monde…

« Il faut rester rationnel »

« Les investisseurs sont accablés en ce moment, car la situation en Europe est très préoccupante, concède Quintin Price. La Grèce est dans une situation critique, il y a des risques de contagion de la crise vers d’autres pays. Les pare-feu mis en place sont encore largement insuffisants, la BCE a injecté des milliards d’euros de liquidités dans le système financier, mais cela n’a pas réglé les problèmes intrinsèques de la zone euro. Et, par-dessus tout, le calendrier des élections complique la donne, comme bientôt en Grèce, et en Allemagne dans un futur proche. »

Mais, pour le gestionnaire de BlackRock, dans ce contexte de nervosité extrême, « il faut essayer de rester rationnel ». « Le cas de la Grèce doit être résolu, mais il faut garder en mémoire que le pays ne pèse que 2 % du PIB de la zone euro. Par ailleurs, si l’Allemagne ne semble toujours pas montrer beaucoup d’appétit pour soutenir Athènes, il ne faut pas négliger tout le chemin qui a été parcouru depuis deux ans. Les Allemands sont pragmatiques et finiront par se rendre compte des conséquences dramatiques qu’aurait un éclatement de la zone euro. »

La zone euro est au bord du précipice, poursuit Quintin Price. Mais ce n’est pas une raison pour que les investisseurs en actions capitulent. « Je pense que l’on approche d’un point d’inflexion, du moment où la situation sera si critique que les décisions nécessaires seront prises. Les dirigeants européens n’auront pas le choix », affirme-t-il. Quelles seront ces décisions ? « Il y a plusieurs options, la plus probable, selon moi, est celle d’un renforcement des moyens de la BCE, recapitalisée par les Etats, afin de soutenir les banques et les Etats. Je ne sais pas quand cela se produira précisément, mais je sais une chose : quand la situation du système bancaire sera stabilisée et que la zone euro sera sécurisée, les marchés d’actions seront prêts à connaître une période de hausse comme ils n’en ont jamais connu. »

Pour le spécialiste, les valorisations des marchés sont en effet beaucoup trop déconnectées des fondamentaux économiques. « Je regardais récemment le classement des banques dans le monde. J’ai découvert qu’une banque indonésienne, Bank Mandiri, pesait 18 milliards de dollars. La Société Générale n’en vaut que 12 milliards. Je n’ai rien contre cette banque indonésienne, qui est certainement très bien gérée, mais il n’est pas normal qu’elle pèse 50 % de plus que la deuxième banque française. De la même manière, un groupe colombien parapublic qui s’appelle Ecopetrol pèse de 4 à 5 fois plus que Deutsche Bank, ce sont des comparaisons édifiantes ! »

Surtout, souligne Quintin Price, l’allongement de l’espérance de vie au niveau mondial implique un réel besoin de rendement à long terme pour assurer aux épargnants une retraite jusqu’à la fin de leur vie. « Pour les investisseurs, les rendements obligataires sont bien trop bas. Quel intérêt d’investir dans des taux allemands offrant moins de 1,5 %, dans un monde qui risque de connaître à nouveau de l’inflation. En Europe, les rendements des dividendes supplantent désormais largement les rendements obligataires. » A un horizon de cinq ans, il est donc peu plausible de ne pas croire à une remontée des Bourses. « Il y a beaucoup d’entreprises européennes qui ont un bilan sain, un vrai potentiel de croissance grâce à leur exposition aux pays émergents. Les investisseurs ne doivent pas oublier que, un jour, la crise sera derrière nous. »

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