Huit idées reçues sur la séparation des activités bancaires

Les Echos

Selon le cabinet AlphaValue, la banque universelle à la française n’est pas la panacée qu’on croit. Revue de leurs principaux arguments.

1 Les activités de marché financent la banque de détail

Les partisans du modèle intégré de banque universelle assurent que l’activité de banque d’investissement étant très rentable, elle permet de subventionner les autres métiers. «  C’est une hérésie  », prétend Christophe Nijdam, analyste chez AlphaValue. Selon le cabinet de conseil, les rentabilités des banques d’investissement des quatre grands établissements français sont aujourd’hui toutes inférieures à celles de leurs activités de détail : elles évoluent entre 15 % chez Société Générale et 4 % chez Casa, contre respectivement 17 % et 22 % pour leur banque de détail. Ces rentabilités sont toutefois affectées par un environnement exceptionnel lié à la crise et aux nouveaux cadres réglementaires qui se mettent en place. Mais, «  si la banque de détail était subventionnée par la banque d’investissement, on devrait logiquement voir des suppressions de postes dans la banque de détail et non dans la banque d’investissement comme c’est le cas en ce moment  », répond AlphaValue.

2 Les dépôts des particuliers ne sont pas utilisés pour les activités de trading

De fait, les banques de détail en France n’ont déjà pas assez de dépôts pour couvrir tous les prêts qu’elle distribuent puisqu’elles affichent en moyenne un ratio de crédits rapportés à leurs dépôts proche de 130 %. Mais, au lieu de travailler à réduire ce déséquilibre, les banques l’ont développé en allant sur les marchés, augmentant et fragilisant en retour leur solidité financière. «  Quand elles ont des pertes de trading ou qu’elles suscitent des interrogations relatives à leur solvabilité, un resserrement brutal de liquidité peut survenir, mettant l’ensemble de la banque en risque de cessation de paiements, et donc les dépôts aussi  », conclut AlphaValue. C’est d’ailleurs pour éviter aux clients de perdre leur argent que les Etats ont dû intervenir en 2008 pour sauver certains établissements de la faillite.

3 Les banques françaises n’ont plus d’activités de trading pour compte propre

«  Le trading à haute fréquence est simplement un autre nom pour le trading pour compte propre, et BNP Paribas et Société Générale sont des acteurs majeurs à l’échelle mondiale de cette activité, qui brasse 20 milliards d’euros  », rétorque AlphaValue. Le cabinet de conseil rappelle qu’une simple activité de teneur de marché devrait être simplement à l’équilibre, ce qui n’est pas le cas. Pour le gouverneur de la Banque de France, les activités de compte propre ressortent essentiellement d’une activité de couverture des risques sur les taux et les changes.

4 Une séparation des activités de trading risque d’en limiter le contrôle

Tout dépend, selon AlphaValue de la façon dont est organisée la séparation des activités. Une scission complète impliquerait l’émergence de nouveaux établissements de crédit qui, comme toute banque spécialisée serait supervisée par l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP).

5 La qualité de la supervision en France suffit à éviter les dérives

Les difficultés de Dexia ou du Crédit Immobilier de France, deux acteurs spécialisés, ainsi que la fraude Kerviel ou encore la crise de liquidités qui s’est abattue sur les banques françaises l’été dernier prouvent qu’aussi bons que soient les régulateurs, ils ne peuvent éviter tous les aléas.

6 Les entreprises françaises seront pénalisées à l’étranger

Durant les soixante-six ans du « Glass Steagall Act », de 1933 au milieu des années 1990, l’économie américaine et ses banques ont plutôt vécu une période d’expansion à l’étranger. Selon AlphaValue, c’est davantage la structure de financement des banques françaises dont il faut s’inquiéter : elles sont trop dépendantes de salles de marché hypertrophiées à New York et Londres alors que leur large réseau de succursales étrangères n’a pas suffisamment de dépôts. «  Du coup, elles ont été forcées de battre en retraite de façon urgente et destructrice de valeur depuis l’été 2011  », souligne AlphaValue. Selon le cabinet, l’instauration d’un « Glass Steagall Act » pourrait même créer des emplois dans la banque d’investissement, où certaines fonctions, jusque-là assurées par la banque commerciale, devraient être dupliquées.

7 Le financement de l’Etat et des entreprises sera fragilisé

Comme l’a souligné le gouverneur de la Banque de France, en assurant le rôle de teneur de marché pour la dette souveraine ou la dette des entreprises, les banques françaises facilitent le financement de la France et de ses entreprises. Séparation des activités de marché ne signifie cependant pas qu’elles doivent être complètement abandonnées. Elles seraient toujours assurées par des établissements de crédit, mais ceux-ci ne bénéficieraient pas de la garantie des dépôts bancaires. AlphaValue précise que la séparation des activités de marché pourrait être suivie du rapprochement de certaines entités afin de créer des acteurs assez gros pour affronter la concurrence étrangère. Un tel mouvement risquerait toutefois de voir émerger de nouvelles banques systémiques… Sans le filet de sécurité de la garantie des dépôts, ces nouveaux acteurs seraient toutefois moins tentés de prendre des risques excessifs, susceptibles d’engendrer d’importants gains mais aussi des pertes abyssales de nature à pénaliser l’économie réelle.

8 Les banques mutualistes ne peuvent appliquer Vickers

En coulisse, certains banquiers mutualistes mettent en garde leurs grands concurrents généralistes contre un tel argument. «  Là où il y a une volonté, il y a toujours une voie  », estime AlphaValue. Le cabinet de conseil ne souhaite pas épiloguer sur le choix britannique. Selon lui, les propositions Vickers, qui reviennent à cantonner la banque d’investissement en la conservant dans le même groupe bancaire, ne sont pas satisfaisantes car elles ne réduisent pas les risques de contagion des autres activités bancaires en cas d’accident. En revanche, les 39 caisses régionales du Crédit Agricole, les 17 Caisses d’Epargne ou encore les 19 Banques Populaires étant déjà des entités autonomes, rien ne s’oppose techniquement à une séparation complète.

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