« Une augmentation de 1 % du SMIC détruirait de 15.000 à 25.000 postes »

Les Echos

FRANCIS KRAMARZ MEMBRE DU GROUPE D’EXPERTS SUR LE SMIC, DIRECTEUR DU CENTRE DE RECHERCHE EN ÉCONOMIE ET STATISTIQUE (CREST)

Un coup de pouce au SMIC est-il justifié ?

S’il est politiquement légitime, il est économiquement néfaste. Pour de nombreuses raisons. Premièrement, car il est destructeur d’emplois. On peut estimer qu’aujourd’hui une augmentation de 1 % du SMIC correspond à une destruction d’environ 1,5 % des emplois situés au salaire minimum, soit de l’ordre de 15.000 à 25.000 postes perdus. Un peu moins de 10 % des salariés sont rémunérés au SMIC, soit plus de 1,6 million de Français. Les premières victimes seraient les jeunes peu diplômés, pour qui la marche à franchir pour entrer sur le marché du travail serait encore plus haute, ainsi que les salariés peu diplômés et plus âgés, qui risqueraient de perdre leur emploi et d’avoir très peu de chances d’en retrouver un autre.

Quelles sont les autres raisons ?

La deuxième est que pour lutter contre la pauvreté au travail, le SMIC n’est pas le meilleur instrument. Car le problème n’est pas le niveau du SMIC, mais le fait qu’un trop grand nombre de smicards ne travaillent pas assez d’heures ou de jours dans l’année (intérim, temps partiel, activité réduite). Il faut donc trouver le moyen d’augmenter le nombre d’heures travaillées. Troisième raison, ce sont principalement les petites entreprises qui seront affectées : la proportion de salariés au SMIC y est de l’ordre de 24 % dans les entreprises de moins de 10 salariés, contre 4,5 % dans les grandes. Au moment où les PME sont déjà très fragiles, une hausse du SMIC les fragiliserait encore plus. A cela s’ajoute le fait que la hausse du SMIC va comprimer la distribution des salaires et donc freiner les envies des entreprises d’établir une politique salariale à destination des bas salaires. Les études montrent aussi qu’une hausse du SMIC a un impact sur les prix ; certains secteurs, comme la restauration, risquant de répercuter sur leurs clients la hausse de leurs coûts. Enfin, cela pèse sur la dépense publique en alourdissant le coût des exonérations de charges.

Michel Sapin va recevoir le groupe d’experts. Qu’allez-vous lui dire ?

A ce stade, aucun rendez-vous n’est fixé. Mais la loi est claire et est d’ailleurs respectée : le groupe d’experts doit être saisi des revalorisations légales annuelles du SMIC et non sur d’éventuels coups de pouce en cours d’année. Par ailleurs, le ministre du Travail et de l’Emploi connaît la position du groupe d’experts sur les coups de pouce.

Le gouvernement souhaite aussi modifier le mode de revalorisation du SMIC, en introduisant un lien avec la croissance. Qu’en pensez-vous ?

Dès 2009, le groupe d’experts a souligné que la baisse sensible de la part des ouvriers dans la population en emploi conduisait à s’interroger sur la pertinence du choix du salaire horaire de base ouvrier (SHBO) comme indice de référence pour la revalorisation automatique du SMIC. L’idée d’introduire un lien entre le salaire minimum et le taux de croissance pourrait donc être considérée comme plus juste. Cela pourrait aussi régler la question des effets de boucle : car, avec les règles de revalorisation actuelles, les relèvements du SMIC se répercutent sur les salaires de l’année suivante en alimentant en retour des hausses du SMIC. Mais, sur le fond, un tel changement de méthode aurait peu d’impact sur le niveau du SMIC.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :