Deux jours de sérieux et de tensions à Los Cabos

Les Echos

Mis à l’index, les Européens ont été particulièrement mis sous pression lors du G20 mexicain. L’ampleur des défis a conduit à de longues discussions… et de réelles tensions.

C’est un rituel incontournable, qui ne dure qu’une poignée de minutes, mais souvent plus éclairant qu’un long discours. Lorsqu’ils sont arrivés -avec une heure de retard sur l’agenda prévu -pour la traditionnelle photo de famille, les dirigeants des pays du G20 s’efforçaient de faire bonne figure. Mais leurs visages tendus -guettés par les 1.500 journalistes accrédités -trahissaient à eux seuls l’intensité des discussions à huis clos dans le Centre de convention, un bâtiment gris dénué de charme construit par le gendre du milliardaire mexicain Carlos Slim. Des discussions si longues (bien que chacun n’ait eu pour parler que six minutes, « un peu extensives ») qu’elles ont conduit au report, à mardi matin, du «  rendez-vous » imposé initialement la veille par Barack Obama aux Européens. Des discussions éprouvantes pour des organismes déjà soumis à rude épreuve -pour la plupart d’entre eux -par plusieurs heures de décalage horaire et la chaleur accablante de Los Cabos. «  Je ne sais plus où je suis », soupirait hier un haut négociateur français. Les Européens sont probablement ceux qui ont le plus souffert. Deux jours durant, le Vieux Continent a été mis à l’index. Parfois sans ambages. «  C’est le moment pour l’Europe de savoir ce qu’elle veut », a lancé Robert Zoellick, le président de la Banque mondiale, très sceptique, faute de détails techniques, sur l’aide européenne accordée aux banques espagnoles.

Image de sérieux et gravité

Les Européens se sont pliés à l’exercice d’explication de leur projet et de leur politique économique, tout en soulignant fermement qu’ils étaient maîtres chez eux. Lors de leur conférence de presse commune, José Manuel Barroso et Herman Van Rompuy n’ont pas caché leur irritation. «  Nous n’avons de leçons à recevoir de personne ! Tous les pays du G20 ne sont pas des démocraties. Nous, nous devons trouver un consensus. Et la crise n’a pas pour origine l’Europe. Elle vient des Etats-Unis en raison de mauvaises pratiques de certains secteurs », s’est emporté le président de la Commission européenne, en réponse à un journaliste… canadien. «  Chacun a son agenda, ses crispations », admettait un négociateur. La rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine, sur la Syrie et sur le protectionnisme économique, a elle aussi été des plus tendues.

Comme au bon vieux temps de la guerre froide. Les journalistes ont disséqué à l’envi la gestuelle corporelle des deux chefs d’Etat, très raides sur leurs chaises en rotin au début de leur entretien, s’adressant l’un à l’autre de manière très formelle alors que le président américain et le Premier ministre russe, Dimitri Medvedev (le prédécesseur de Vladimir Poutine), s’interpellaient par leurs prénoms. Pincement de lèvres, froncement de sourcils, regards fixés sur le sol… La tension était palpable au cours de cette rencontre, qualifiée de « franche » par Barack Obama. «  Ce n’est pas la première fois qu’il y a un « gestuelle-gate » avec les Russes », a minimisé Ben Rhodes, un responsable du Conseil à la sécurité nationale. Au final, c’est une image de sérieux et de gravité qui aura prévalu dans cette station balnéaire de Basse Californie regorgeant d’hôtels de luxe. «  Les yeux du monde sont fixés sur nous », avait d’emblée prévenu le président mexicain Felipe Calderon, qui, pour éviter tout problème de sécurité, avait mobilisé plus de 2.500 policiers.

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