France-Allemagne, deux visions de l’euro

Les Echos

La question des euro-obligations n’est pas un sujet technique, mais un sujet historique et stratégique. L’opposition sur les questions monétaires entre la France et l’Allemagne est historique. Dès les années 1970, ces deux pays se sont affrontés sur la façon d’avancer vers l’intégration monétaire. A la suite de l’effondrement du système de Bretton Woods en mars 1973, les Européens ont accéléré leurs réflexions en faveur de la réduction des fluctuations entre les monnaies des pays membres initiées lors de l’accord de Bâle d’avril 1972.

A chaque discussion sur la voie à suivre, les Allemands étaient favorables à des tests de convergence conduisant éventuellement à un accord monétaire, les Français préférant, à l’inverse, un accord monétaire censé conduire à la convergence. L’accord monétaire conduisit bien à la convergence des performances nominales entre les pays membres du SME au cours des années 1980, mais la convergence des performances réelles fut nettement moins probante.

Lorsque l’on aborda la négociation pour le traité de Maastricht de décembre 1991, les Allemands étaient déterminés à ne pas lâcher sur les critères de convergence devant autoriser un pays à rejoindre la future zone euro : ce furent les fameux critères de Maastricht. Mais ces critères étaient focalisés sur les performances des finances publiques (déficit maximal de 3 % du PIB et dette maximale de 60 % du PIB) et ne prirent pas en compte le critère essentiel de l’équilibre de la balance courante, ce qui autorisa la montée de déséquilibres graves avant les crises grecque et espagnole de 2010-2012.

C’est donc une vieille partition qui se rejoue entre la France et l’Allemagne. M. Hollande, le nouveau président français, demande qu’un accord soit conclu sur la mise en place immédiate des euro-obligations, tandis que M me Merkel veut que les euro-obligations ne soient envisagées qu’après une éventuelle union budgétaire suivant la mise en oeuvre du traité du 2 mars 2012 sur la « règle d’or » en matière d’équilibre des finances publiques. Mais l’enjeu a changé de proportions. Tant qu’il s’agissait de réduire les fluctuations entre des monnaies, on pouvait diverger sur le meilleur moyen d’atteindre le résultat. Mais, aujourd’hui, il s’agit de créer une obligation de remboursement de chaque Etat de la zone euro sur l’ensemble de la dette de la zone, soit quatre fois le PIB de la France ou plus de trois fois le PIB de l’Allemagne. Même si l’obligation ne porte en apparence que sur les dettes nouvelles, c’est tout le stock qui sera en jeu de proche en proche. La moindre erreur, et c’est l’explosion nucléaire à grande échelle. On conçoit que les Allemands soient nerveux et l’on est stupéfait que les Français abordent la négociation la fleur au fusil, comme s’il s’agissait d’une chasse aux papillons.

En réalité, les euro-obligations n’ont de sens qu’après qu’un accord a été trouvé sur une solution fondamentale à la crise de la zone euro. Celle-ci résulte de trois causes qui ne vont pas disparaître du seul fait que naîtraient des euro-obligations. D’abord, la zone euro n’est pas une zone monétaire optimale, c’est-à-dire une zone naturellement intégrable dans la mesure où elle est très hétérogène, tandis que la mobilité du travail est faible et celle du capital réduite par les primes de risque. Ensuite, l’euro a été créé sans s’appuyer sur un gouvernement économique ou un budget de la zone qui lui donnerait une assise effective. Enfin, la divergence des performances entre le nord et le sud de la zone euro est spectaculaire et croissante.

En réalité la zone euro est un château de cartes et accorder une garantie illimitée de caution solidaire à un château de cartes est plus qu’une folie économique suicidaire. En réalité, c’est le début d’un dérapage politique aux conséquences potentiellement illimitées. Les déséquilibres monétaires et financiers de l’entre-deux-guerres pourraient n’apparaître que comme une balade champêtre par rapport aux risques liés à une mise en place désordonnée d’une caution solidaire sur des sables mouvants.

Il est donc clair que les euro-obligations doivent suivre et non précéder l’union budgétaire. L’union budgétaire doit s’inscrire elle-même dans un triptyque : mise en place d’un gouvernement économique des pays de la zone euro, acceptant que les décisions soient à l’avenir prises à la majorité qualifiée, avec un début de convergence fiscale et sociale.

Le travail est devant nous et il faut aller vite.

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