Montebourg, patriote économique

Les Echos

Tendu, lyrique, affairé : deux mois à découvrir les plans sociaux « mis au congélateur par nos prédécesseurs », dit-il, n’ont rien abîmé de sa détermination à « reconstruire l’industrie et l’économie ». Quand on est à la tête d’un ministère qui ose s’intituler « Redressement productif », tout aveu d’impuissance est interdit. Quand on s’appelle Arnaud Montebourg, on ne cède pas un pouce d’ambition. On parle haut, on « innove », on s’active. « On s’agite », disent les détracteurs. On se protège de la douche de pessimisme que charrient les plans sociaux. On y croit. Y compris lorsque son « plan de reconquête industrielle », détaillé hier soir lors de la Conférence nationale de l’industrie, se trouve parasité par le CCE extraordinaire de PSA aujourd’hui. Car voilà un cruel résumé des débuts ministériels d’Arnaud Montebourg. Le penseur de l’antimondialisation ambitionne de remettre sur les rails ce monde fou qui brûle ses racines industrielles : il est rattrapé par l’urgence, transformé en « médecin urgentiste » des entreprises en difficulté. Il voudrait rebâtir et inventer. Il doit colmater. Il fait les deux à la fois, assure-t-il. La vision pour l’avenir et le « sur-mesure » d’aujourd’hui. Avec quelques convictions et très peu d’armes. Le génie français existe, « tous ces gens qui veulent dévorer le monde, le reconstruire », il faut les aider. En repensant les circuits qui les financeront, notamment. A défaut d’argent, l’arme suprême s’appelle puissance publique. « Le mot intervention n’est pas un gros mot », affirme celui qui a demandé une expertise des difficultés de PSA et n’exclut aucune prise de participation de l’Etat. « Le patriotisme économique est un mot qui ne meurt jamais. » Interdictions, pressions, participation financière des consommateurs (ce qu’il propose pour rapatrier les centres d’appels) et même recours à la loi : tout est envisageable, affirme-t-il, pour stopper l’hémorragie d’emplois qui frappe le pays. Les chefs d’entreprise sont, semble-t-il, nombreux à s’inquiéter de ce démineur intrépide. Mais sans savoir très bien si François Hollande (par ailleurs prêt à parler compétitivité et flexibilité) s’en irrite ou, au contraire, s’accommode du partage des rôles avec son ministre du Redressement productif. Lui se refuse à se définir comme un socialiste de gauche : « Je suis l’axe républicain du Parti socialiste », brandit-il. Tant d’énergie mise dans la bataille est indispensable pour espérer la gagner. Mais politiquement risquée si les résultats ne sont pas au rendez-vous.

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