L’Allemagne s’inquiète des déséquilibres du système interbancaire européen

Les Echos

Depuis 2008, au sein du système interbancaire européen, la Bundesbank ne cesse d’accumuler des créances sur le sud de l’Europe. Berlin s’inquiète.

L\'Allemagne s\'inquiète des déséquilibres du système interbancaire européen

C’est une bombe à retardement, du moins un déséquilibre majeur qui inquiète au plus haut point l’Allemagne. Le mécanisme potentiellement explosif se niche au coeur du réacteur nucléaire du système interbancaire européen plus communément désigné par Target. Rien à voir avec une quelconque « cible ». Target est le réseau par lequel transitent tous les transferts de capitaux entre les banques européennes. Lorsque la Société Générale ou BNP Paribas octroient un crédit à la Deutsche Bank ou à Santander, le flux passe automatiquement par Target. De par sa construction, en reprenant l’exemple précité, un transfert de fonds de BNP Paribas à la Deutsche Bank passe entre les mains de la Banque de France et de la Bundesbank, les deux banques centrales de leur pays respectif. Ce simple prêt a pour contrepartie une créance de la Bundesbank sur la Banque de France. Autrement dit, à l’échelon national, la France subit un déficit de sa balance des paiements vis-à-vis de l’Allemagne.

« Le système s’est déréglé »

Dès les premières années du fonctionnement de la zone euro, le système était équilibré. Les liquidités se répartissaient de manière homogène. En schématisant à l’extrême, le système Target s’apparente à un réseau électrique avec la Banque centrale européenne (BCE) agissant comme le générateur central, l’électricité étant dans ce cas les liquidités des banques centrales. « Tant que la masse monétaire évoluait parallèlement à l’évolution des crédits bancaires, tout allait bien. Or, depuis l’émergence de la crise européenne, le système s’est déréglé. Le problème n’a fait que s’amplifier », confirme Natacha Valla, économiste chez Goldman Sachs. « Depuis les deux opérations de refinancement à long terme de la BCE, le système dispose de liquidités plus abondantes que nécessaire. Et cette liquidité excessive n’est pas uniformément répartie au sein de la zone euro », observe-t-elle.

« Restaurer la normalité »

Déjà, en juin 2011, une étude de l’institut IFO effectuée par Hans-Werner Sinn et Timo Wollmershäuser avait révélé que la Bundesbank détenait, à fin 2010, la quasi-totalité des créances sur les banques centrales de l’Europe du Sud (Portugal, Grèce, Espagne) et de l’Irlande. Le montant, à l’époque, était de 326 milliards d’euros. Depuis, ce déséquilibre n’a cessé de s’amplifier. Selon les derniers éléments, la banque centrale allemande affichait une créance d’environ 700 milliards d’euros, essentiellement sur l’Espagne, l’Irlande, l’Italie et la Grèce. Hier, dans une tribune au « Monde », le même Hans-Werner Sinn évoquait même 730 milliards d’euros. Chacun comprendra pourquoi Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, s’est inquiété de ces déséquilibres au printemps dernier par l’envoi d’une lettre auprès de Mario Draghi, le président de la BCE. Ce dernier avait estimé peu après que « restaurer la normalité au sein de Target exige de traiter les causes, les déséquilibres sous-jacents, et pas les symptômes, à savoir le système de paiement ». Cela n’est pas du ressort de la politique monétaire mais des Etats membres de la zone euro. Comme l’explique Natacha Valla, « tout va bien tant que les pays débiteurs restent dans la zone euro. Mais, si la Grèce sort, si les banques grecques font défaut, qui portera à l’ultime étape le risque ? Pour le moment c’est la Bundesbank, donc la BCE ». Epineuse question lorsqu’on sait que le capital souscrit de la BCE n’est que de… 10,8 milliards d’euros.

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