Sur Mars : un instant de puissance

Les Echos

Qu’est-ce que la puissance ? Le Larousse la définit comme « le pouvoir de dominer et d’imposer son autorité ». Si c’est cela, les Etats-Unis en ont apporté une nouvelle et brillante illustration en faisant « amarssir » hier à 7 h 32 du matin leur engin spatial avec une précision inouïe : une minute de retard et à 250 mètres du point d’arrivée prévu. Au succès technique s’ajoute la part de rêve – d’enfant autant que d’adulte -véhiculée par des images vues dans le monde entier.

La tentation existe ici et là d’être blasé par l’événement. Curiosity n’est pas le premier engin envoyé sur Mars et la littérature, les films de science-fiction ou les jeux vidéo nous ont familiarisés depuis longtemps avec la planète rouge. Ce serait une erreur, car l’exploit est réel. En 1997, le premier robot avait la taille d’un four à micro-onde, l’actuel a celle d’une Twingo qui a parcouru près de 600 millions de kilomètres et qui de surcroît est suréquipée ! Pour rappel, la distance moyenne de la Terre à la Lune est inférieure à 400.000 kilomètres. Sur le plan scientifique aussi, l’enjeu est passionnant. On sait de façon quasi certaine qu’il y a eu de l’eau sur Mars, il s’agit de trouver des traces de molécules carbonées, deux éléments nécessaires à la vie.

Cette aventure est à mettre au crédit américain. Barack Obama a gagné son pari de recentrer les moyens financiers de la Nasa sur la recherche scientifique au détriment des vols habités. A quelques mois de l’échéance présidentielle, une réussite technique est bonne à prendre. Au-delà et en tant que nation, les Etats-Unis peuvent d’autant plus légitimement en tirer gloire que les autres éléments de leur puissance battent de l’aile. Leur économie ? Elle reste engluée dans la crise qu’ils ont déclenchée en 2007. La suprématie militaire d’Oncle Sam ? Battue en brèche en Irak et en Afghanistan. Même leur domination sportive s’effiloche, la Chine affichant à cette heure aux JO plus que médailles qu’eux ! Heureusement pour eux, leur technologie, celle qui change la vie ou fait rêver, de Google à l’i-Pad et Curiosity, sont des facteurs de leur « soft power », comme l’est Hollywood dans le divertissement.

Washington aurait cependant tort de se faire trop d’illusions. Cet instant de puissance pourrait bien n’être que la puissance d’un instant. Car la Chine, l’Inde, l’Europe et la Russie ont elles aussi des projets spatiaux. Ces toutes dernières années, Pékin a montré sa maîtrise des trois paramètres clefs dans ce domaine, les lanceurs, les rendez-vous spatiaux et les vols habités. L’Europe, elle, se mobilise sur le projet ExoMars, qui devrait lui permettre de ramener de la matière martienne en 2018-2019.

Mais il y a un point sur lequel les Américains resteront imbattables : l’art de la communication. Toute la Terre aura pu voir hier l’explosion de joie des analystes de la Nasa après leur réussite ; personne ou presque n’a su qu’Ariane 5 avait réussi jeudi son 50 e tir d’affilée.

 

 

 

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