Investir dans des clubs cotés en Bourse tourne souvent au fiasco

Les Echos

Les 21 clubs de football cotés en Bourse sont à la peine depuis leur introduction. En cause, des bénéfices ténus et des actifs détenus trop incertains.

La chute de l’action de Manchester United en dessous de son prix d’introduction une semaine plus tôt illustre les difficultés des clubs de football en Bourse. En Europe, une quarantaine de clubs, pour la moitié britanniques, ont tenté leur chance sur les marchés boursiers. La plupart ont marqué plus de points sur le terrain qu’en Bourse. Beaucoup y ont fait leur introduction dans les années 1990, profitant d’une période d’euphorie boursière. Mais, aujourd’hui, il ne reste plus qu’une vingtaine de clubs en Europe sur les marchés. Pourquoi un tel repli ? « La valeur des actifs des clubs de football est trop incertaine : les joueurs peuvent se blesser et la construction d’un stade peut être retardée », pointe Bastien Drut, spécialiste de l’économie du secteur.

L’introduction des clubs en Bourse est loin d’avoir eu les retombées financières espérées. Manchester United est l’un des seuls à avoir dégagé suffisamment de bénéfices (jusqu’à 33 % de rendement annuel) et à avoir pu verser des dividendes à ses actionnaires avant 2005.Depuis sa création, l’indice Stoxx Europe Football en euros, qui regroupe 21 équipes, est très volatil. Il a perdu 46 % par rapport à avril 2011 et 5 % depuis le début de l’année. L’action de l’Olympique Lyonnais a ainsi décroché de 21 % depuis janvier. Celles de la Juventus Turin (- 34 %), de l’AS Roma (- 14 %) et de la Lazio de Rome (- 11 %) n’ont pas été plus épargnées. Le Borussia Dortmund fait figure de bon élève (+ 31 % depuis janvier) mais son cours reste bien en dessous de son prix d’introduction. Une tendance valable pour tous les clubs.

Le cours de l’action peut même être divisé par 10 dans certains cas. L’action de l’Olympique Lyonnais, introduite en 2007, au prix initial de 24 euros, s’affichait vendredi à 2,80 euros. Dégringolade encore plus prononcée pour la Lazio de Rome, introduite avec succès en 1998 à 18 euros, qui oscille aujourd’hui autour de 0,40 euro.

S’introduire en Bourse permet à un club de récolter les fonds nécessaires à la construction ou à la rénovation d’un stade. C’était l’objectif pour l’Olympique Lyonnais. Mais la construction du Grand Stade de Lyon, initialement prévue pour 2010, a pris du retard du fait de problèmes administratifs et sera achevée au plus tôt fin 2014. Le club a depuis perdu beaucoup de crédibilité auprès de ses investisseurs.

Lever des fonds en Bourse permet aussi de financer les transferts de joueurs. « C’est a priori une bonne idée de se financer en Bourse dans le cadre d’un projet industriel précis, comme la construction d’un stade par exemple, car cela permet d’améliorer ses revenus sur le long terme, explique Bastien Drut. En revanche, une introduction en vue d’acheter des joueurs est trop risquée : les rendements d’une telle stratégie reposent sur les résultats sportifs et sont trop incertains. »

De surcroît, la valeur de l’action d’un club est souvent très difficile à évaluer car elle repose sur des actifs immatériels comme les contrats des footballeurs. Alors que la valeur d’une entreprise se calcule bien souvent grâce à l’indicateur cours sur bénéfices, cette manière de procéder n’est pas possible dans le cas de ces clubs, presque tous déficitaires. « A l’avenir, on pourrait imaginer que d’autres clubs français aillent se financer en Bourse, mais il n’y a à ma connaissance aucun projet imminent », conclut Bastien Drut.

 

 

 

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