Il faut un choc d’offre industrielle

Les Echos – David Simonet est président du directoire du groupe Axyntis

Si, en créant le ministère du Redressement productif, le nouveau gouvernement fait de la production l’une de ses priorités, l’ambition de la réindustrialisation suppose d’aller au-delà de la défense des usines menacées de fermeture, qui fait l’actualité, ou de la relocalisation d’unités, qui demeurera symbolique. Depuis vingt ans, la France a perdu 40 % de ses parts de marché mondiales et un demi-million d’emplois industriels. On ne peut plus parler de destructions créatrices, mais de « destructions destructrices » ! Une conception moins naïve des échanges et un engagement fort en faveur des entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont nécessaires pour inverser cette tendance.

Il n’est pas excessif de dire que les pays émergents mènent une « guerre économique » dont l’un des objectifs est de contrôler les produits industriels stratégiques indispensables à la puissance d’une nation. Afin d’y parvenir, à côté de la compétitivité-coût ou de la dévaluation monétaire, la plupart de ces pays utilisent la dévaluation normative. Nous l’avons librement acceptée, pouvoirs publics, consommateurs ou entreprises, en favorisant les importations de produits qui ne sont pas soumis à des normes aussi rigoureuses que celles que nous nous imposons concernant la qualité, la sécurité sanitaire, l’environnement… Pourquoi accepterions-nous d’aller jusqu’au bout du reflux de nos capacités de production et d’abandonner toute indépendance dans la fabrication de produits stratégiques en dévalorisant notre système normatif ? Si nous ne donnons pas la priorité à un choc d’offre industrielle sur la demande, qui structurellement s’adresse aujourd’hui majoritairement à ces importations, notre déclin industriel s’accélérera.

L’information des consommateurs-citoyens se révèle un enjeu décisif : en systématisant les labels « made in Europe » ou « made in France », en rendant obligatoire l’indication des lieux de production des étapes de fabrication d’un produit, comme pour des produits aussi sensibles que les médicaments, nous pourrions réorienter la demande vers le mieux-disant.

Dans la reconquête de l’offre, les ETI, qui font la force de l’industrie allemande, ont un rôle clef à jouer. En France, elles représentent plus de 30 % de l’emploi industriel, des effectifs de R & D, des investissements et des exportations. Elles résistent à l’érosion de l’emploi industriel grâce à leur implantation, essentiellement régionale, et à leur cohésion sociale. Il faut les identifier plus directement dans l’action publique.

Pour soutenir l’innovation des ETI, on pourrait élargir l’assiette du crédit d’impôt recherche vers un crédit d’impôt industrie. Ce dernier intégrerait les dépenses de R&D, d’industrialisation et de la politique qualité, dans une vision enrichie des rapports entre la recherche et les activités de production. Les financements à court, moyen et long terme constituent d’autres axes de mobilisation. Sur le plan de la trésorerie, rembourser sans délai les crédits de TVA et permettre la mobilisation du crédit d’impôt industrie. Sur le plan de la stratégie, orienter les fonds de la Banque publique d’investissement et de ses relais régionaux vers l’accompagnement des projets d’investissement et de regroupement des ETI qui n’ont pas délocalisé. En contrepartie, ces entreprises prendraient des engagements sur le terrain social.

La mondialisation est inéluctable. Or elle offre à moyen ou long terme des opportunités, y compris dans les pays émergents qui adopteront progressivement des normes de production plus strictes, notamment sous la pression de leur population. Encore nous faudra-t-il exister le jour où cet équilibre prévaudra ! D’ici là, notre modèle industriel doit évoluer vers une économie décentralisée de l’innovation. Le mot « redressement » signifie l’action de remettre droit ou de reprendre son essor. Il désigne aussi la transformation du courant alternatif en courant continu. Souhaitons qu’il en soit ainsi de la nouvelle offre politique en faveur de l’industrie.

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