Politique de l’emploi : faux départ

Les Echos

C’est la première action du quinquennat Hollande sur la première priorité des Français. Le projet de loi sur les emplois d’avenir, présenté la semaine prochaine en Conseil des ministres, constitue donc un puissant révélateur de la politique sociale, et de la politique tout court, que compte mener la nouvelle équipe au pouvoir. Le gouvernement entend subventionner la création de 150.000 emplois réservés aux jeunes peu qualifiés, majoritairement dans le secteur public, pour une durée de un à trois ans. Le premier message est inquiétant : la politique de l’emploi commence par l’embauche dans le public et des milliards d’euros de nouvelles dépenses. Le deuxième message n’est pas plus rassurant : le gouvernement s’obstine dans une voie qui ne mène nulle part. Depuis trente ans, les gouvernants de gauche et de droite ont créé une foule de contrats destinés à insérer les jeunes sur le marché du travail, et les statisticiens ont montré l’inefficacité de ces dispositifs dans le secteur non marchand (collectivités locales, associations, etc.). En octobre dernier, la Cour des comptes dénonçait à son tour cette inefficacité. Le troisième message est hélas tristement banal : la nouvelle équipe ne se soucie guère de surcharger encore un Code du travail bouffi de 3.371 pages dans son édition 2012. Faut-il vraiment ajouter une section 8 au chapitre IV du titre III du livre I er de sa cinquième partie ?

Le projet a pourtant des vertus. D’abord, il va soulager, certes un peu et provisoirement, la douleur d’un corps social tiraillé par les destructions d’emplois. Il y a là urgence. Si les contrats aidés dans le secteur public favorisent peu l’insertion, ils constituent en revanche un outil efficace pour freiner l’ascension du chômage qui touche déjà près de 3 millions de Français. Ensuite, contrairement aux engagements du candidat François Hollande, le dispositif sera ouvert aux entreprises, qui savent mieux que la fonction publique préparer des jeunes au monde du travail. Et le circuit des aides basculera sur Internet, ce qui permettra d’aller plus vite avec moins d’erreurs. Enfin, nombre de ces emplois d’avenir seront créés dans l’Education nationale, défrichant ainsi une nouvelle voie d’accès à la profession d’enseignant. Le diable se nichera bien sûr dans les détails, mais il y a là une innovation intéressante.

Ceci dit, les emplois d’avenir resteront dans l’Histoire comme un énième système de lutte provisoire, partiel et coûteux contre le chômage. Ils ne sauraient constituer le fondement d’une vraie politique de l’emploi. Un gouvernant au moins en est conscient : le président François Hollande, qui était opposé à ce contrat et qui s’était résolu à l’intégrer dans son programme à contrecoeur. Peut-être nous fera-il part prochainement de ses autres idées pour créer des emplois.

 

 

 

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