Taux d’intérêt, récession : les confessions d’un « faucon » de la Banque d’Angleterre

Les Echos

Dans un entretien aux « Echos », Martin Weale, membre du comité de politique monétaire de la BoE, évoque les défis auxquels est confronté l’institut d’émission : économie en récession, légère poussée de l’inflation, hausse de la livre… Et ce alors que baisser les taux aurait des effets pervers selon lui.

Pour Martin Weale, la hausse de la livre « est un sujet de préoccupation ». - Bank of England

 

La Banque d’Angleterre (BoE), qui avait laissé les marchés sur leur faim en optant pour le statu quo sur ses taux d’intérêt pendant l’été, est attendue au tournant lors de sa réunion de rentrée, début septembre. Martin Weale, membre du comité de politique monétaire de la BoE, et plutôt classé dans le camp des faucons – les partisans d’une ligne intransigeante dans la lutte contre l’inflation -revient sur les raisons qui avaient présidé à cet attentisme, et évoque les défis à venir d’une économie en récession.

« Abaisser les taux courts [NDLR : actuellement à 0,5 %] à zéro ou à 0,25 % pourrait générer des effets pervers, comme affaiblir la situation financière de certaines banques – taux de rémunération de leurs dépôts -ou des fonds de placement monétaires », plaide-t-il a posteriori. Autre solution, là encore écartée, racheter davantage d’obligations d’Etat anglaises (Gilts) dans le cadre de son programme d’assouplissement quantitatif (dit « QE ») de 375 milliards de livres. Une initiative prise pour faire baisser les taux longs, soutenir indirectement les autres marchés d’actifs (actions, obligations d’entreprise…) et promouvoir l’investissement et la croissance. « Il y a des discussions au sein du comité sur l’opportunité d’en faire davantage en matière de QE et la manière de soutenir encore l’économie. A ce stade, mon opinion personnelle est qu’il n’est pas nécessaire d’augmenter la taille du programme de rachat d’actifs. » « Il y a une limite théorique à la taille d’un tel programme, mais pas de limite pratique à l’heure actuelle », nuance-t-il.

Aujourd’hui, la banque centrale rachète exclusivement des titres d’Etat anglais, mais « depuis sa création en 1694, la BoE a parfois acheté différents instruments », rappelle-t-il. Aujourd’hui, l’inflation, n’est pas « un problème majeur » pour ce faucon qui s’attend à ce qu’elle baisse de nouveau vers l’objectif de la BoE (2 %), malgré une petite poussée en juillet (2,6 %), « loin d’être une surprise ». « Nous y sommes prudemment attentifs », souligne-t-il en mettant notamment en avant la hausse des cours du pétrole et des denrées alimentaires après la sécheresse au Etats-Unis.

Malgré leur succès populaire, ce ne sont pas les Jeux Olympiques (JO) qui pourraient tirer du marasme l’économie britannique, en récession. « A court terme, les JO ont eu un effet direct sur la demande du fait des dépenses liées à l’achat de billets ou des droits télévisés. Il est moins évident de savoir si l’activité dans le reste de l’économie a été pénalisée (congés pris par les Britanniques durant cette période, centre de Londres déserté…). Nous devons encore attendre pour savoir si les JO vont inciter à faire davantage de « business » avec notre pays. » Ces manifestations ont pu contribuer à la bonne tenue du marché de l’emploi, en contraste avec la croissance en berne. Une divergence entre l’emploi et la croissance « que l’on doit encore étudier ». « Aucun facteur ne semble expliquer à lui seul le ralentissement de la productivité du travail, de nombreux facteurs semblent avoir joué en même temps. Ainsi, par exemple, on constate que les individus qui ont changé de travail durant la crise ont connu un déclin de la productivité, un phénomène que l’on doit encore « creuser » ».

Les problèmes de la zone euro

Aujourd’hui, le risque numéro 1 pour l’économie britannique reste l’évolution de la crise de la dette en zone euro. « Les problèmes de la zone euro sont une source importante de tensions pour l’économie anglaise », confirme-t-il. Conséquence, la devise britannique s’est renforcée, notamment par rapport à l’euro, les marchés voyant dans la livre sterling une « devise refuge » temporaire. « La hausse récente de la livre sterling est un sujet de préoccupation pour moi. A cause de cela, l’économie a perdu en compétitivité », souligne-t-il.

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Membre du comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre depuis juillet 2010, Martin Weale, né en 1955, est diplômé en économie de l’université de Cambridge. Il avait travaillé auparavant pendant quinze ans comme directeur du National Institute of Economic and Social Research. Il a obtenu un doctorat à la City University en 2007 qui compléta sa formation d’actuaire. Spécialiste de la macroéconomie et des statistiques (produit intérieur brut, prévisions de croissance…), il a récemment travaillé sur les problématiques de retraite et d’épargne.

 

 

 

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