Agrocarburants : pétrole ou nourriture il faut choisir

Les Echos

Olivier Rech, ancien analyste au sein de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et de l’Institut français du pétrole (IFP),est directeur de Energy Funds Advisors

Il y a quelques jours, la FAO -l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture -a appelé avec gravité les autorités des Etats-Unis à réduire l’utilisation comme carburant de l’éthanol produit à partir du maïs. Il est vrai qu’une sécheresse historique – notamment aux Etats-Unis -a entraîné les prix du maïs à un niveau record avec une hausse de plus de 40 % depuis début juin et avec des conséquences importantes sur les prix internationaux d’autres produits agricoles, comme le blé et le soja. La probabilité élevée et croissante d’une crise alimentaire, similaire à celle de 2007-2008, a donc conduit l’ONU à appeler les Etats-Unis à prendre la mesure de l’état de stress du marché du maïs dont ils sont à la fois premier producteur et premier exportateur au monde.

De nombreux observateurs découvrent à cette occasion que désormais 40 % de la production de maïs des Etats-Unis sont transformés en éthanol et incorporé à l’essence qui remplit le réservoir du véhicule de monsieur-tout-le-monde. Plus de 90 % de l’essence consommée aux Etats-Unis contient jusqu’à 10 % d’éthanol. D’une façon générale, beaucoup d’acteurs économiques et financiers n’ont pas conscience qu’une partie non négligeable de l’offre pétrolière – telle qu’elle est représentée dans les statistiques officielles -provient de diverses filières d’agrocarburants, en particulier de bioéthanol, produit à partir de la canne à sucre au Brésil et du maïs aux Etats-Unis, et de biodiesel, produit à partir d’huiles végétales. Cette situation a essentiellement pour origine la crise pétrolière de 2004-2008, qui avait motivé une orientation massive vers les agrocarburants alors parés de toutes les vertus : indépendance énergétique par substitution au pétrole importé, développement économique local, soutien aux filières agricoles, réduction des émissions de gaz à effet de serre sous certaines conditions. De fait, le résultat fut spectaculaire : les agrocarburants représentent aujourd’hui 2,2 % du marché pétrolier mondial et ont apporté une contribution essentielle à sa croissance depuis 2006. Dans le contexte d’un marché pétrolier à l’équilibre précaire, le problème de la concurrence entre usages alimentaires et énergétiques a été considéré comme mineur. Sans le doublement de la production mondiale d’éthanol et de biodiesel de 1 à 2 millions de barils par jour, le prix du pétrole flirterait à coup sûr de nouveau avec le seuil des 150 dollars. Mais la sécheresse qui met en péril les récoltes de céréales, en premier lieu aux Etats-Unis montre que la contribution positive des agrocarburants de première génération à la problématique pétrolière se heurte désormais aux limites structurelles de la filière rendues encore plus sévères par les aléas climatiques. Les rendements affichent une volatilité croissante, les surfaces cultivées plafonnent et il devient impossible de satisfaire simultanément la croissance des besoins alimentaires, humains et animaux, et énergétiques sur les marchés domestiques et à l’exportation. Les agrocarburants de seconde génération, qui visent à valoriser la biomasse non alimentaire, restent dans l’immédiat bien loin des réalités de l’industrie et n’apporteront pas de sitôt une contribution comparable à celle de la première génération au cours des dernières années, pour plusieurs raisons : les ressources en biomasse sont très dispersées et la logistique d’approvisionnement très contraignante, les procédés de transformation peu éprouvés à l’échelle industrielle et les capacités de production des usines insignifiantes par rapport aux volumes requis.

Dicté par le sentiment d’urgence, l’appel à relâcher aux Etats-Unis l’objectif réglementaire d’incorporation de l’éthanol dans l’essence d’origine fossile, afin de contribuer à la détente des prix agricoles, apparaît aujourd’hui aussi évident que ne le fut a contrario, il y a moins de dix ans, celui à développer les agro-carburants pour faire face à la croissance de la demande pétrolière. Mais renoncer à la production actuelle de carburants d’origine non fossile a un coût immédiat : le report de la tension des marchés des céréales sur le prix du pétrole.

Face au début de plafonnement de la production pétrolière, les interrelations entre usages alimentaires et énergétiques accélèrent la redoutable propagation des tensions structurelles d’origines énergétique, agricole et climatique.

 

 

 

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