Une politique économique à l’envers

Les Echos – Eric Leboucher

Le gouvernement se trompe de politique économique. A considérer que la réduction du déficit est l’impératif premier « intangible » et que le problème de compétitivité est secondaire, et qu’il ne sera abordé qu’ensuite, en 2013, MM. Hollande et Ayrault inversent l’ordre des urgences. Ils prennent le risque d’aller vers des déconvenues et de placer la France dans la spirale latine récessionniste, celle de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne.

Le diagnostic des maux de la France a été long à admettre par la classe politique, gauche et droite réunies. Mais, finalement, au bout d’une décennie de rapports et de débats, l’accord s’est fait pour considérer que le pays doit corriger un premier déficit, celui des comptes publics. Il n’y a en vérité plus guère le choix : la crise ayant poussé le ratio dette/PIB à la limite de la barrière dangereuse des 90 %, les marchés financiers se sont transformés en chiens de garde féroces pour surveiller, dans toute l’Europe, l’équilibre des recettes et des dépenses.

La prise de conscience de la gravité du second déficit, celui des comptes extérieurs, est beaucoup plus récente. En cause : la dégradation de la compétitivité des productions sur le sol français depuis 2000. Nicolas Sarkozy l’avait évoquée en 2007 avant de l’oublier pendant son quinquennat, puis de ressortir le thème quelques mois avant l’élection sous la forme de la TVA sociale. La gauche, tout habitée par sa conviction que le libéralisme a remis en place un capitalisme de lutte des classes, considère fondamentalement que ce qu’obtient le capital est pris sur la part du travail. Le défaut de compétitivité s’explique par une insuffisance de recherche-développement et par les erreurs des chefs d’entreprise (comme ceux de Peugeot). Pour les socialistes français, les analyses sur la chute des marges des entreprises et la hausse du coût du travail sont « des discours patronaux ».

Une inflexion a eu lieu cet été. Jean-Marc Ayrault va à l’université du Medef dire qu’il prendra en compte « la compétitivité des entreprises ». Pierre Moscovici, ministre de l’économie, reconnaît dans « Les Echos » « la dureté de la situation des entreprises ». Arnaud Montebourg, ministre de l’Industrie, découvre que les problèmes sont plus complexes qu’il croyait. Bref, le recul de la croissance et l’explosion du chômage cet été expliquent que le pouvoir socialiste amorce un virage sur l’aile sur l’impératif de la compétitivité. Il amorce seulement, car il précise que les entreprises « doivent participer à l’effort de redressement », en clair qu’elles seront taxées plus.

L’effondrement de la croissance est en réalité plus grave que ne le reconnaît le gouvernement. Il aurait dû le conduire à inverser sa politique économique. Le PIB ne va gagner que 0,3 % cette année et sans doute 0,5 % en 2013, un point de moins que le 1,5 % espéré par François Hollande. Ces chiffres sont alarmants : l’Etat privé de recettes va devoir imposer une austérité plus sévère encore que prévu (de 1 point de PIB en plus, selon les calculs de Patrick Artus, de Natixis), ce qui va assécher encore la croissance (qui passerait à un chiffre négatif de – 0,2 % en 2013, selon le même auteur). La France est en clair menacée d’une spirale latine.

Que faire ? Première solution : ralentir l’effort budgétaire et se donner un délai pour l’agenda du retour à l’équilibre. Sur le papier, c’est évidemment ce qu’il faudrait faire, en plein accord avec les autres pays européens. Comme le démontre l’examen des déficits au sud de l’Europe, l’austérité germanique en pleine récession est une politique contre-productive. La France devrait éviter d’en rajouter dans l’austérité. Mais il y a une forte probabilité pour que les marchés n’acceptent pas ce qui serait à leurs yeux un « manquement » de la part du gouvernement socialiste français. Les taux d’intérêt bondiraient « à l’italienne ». Sauf si c’est Bruxelles, ou mieux Berlin, qui propose cette solution, il faut la considérer comme interdite. Le gouvernement a raison sur ce point.

Mais il a tort de ne pas en tirer les conséquences : il faut dès lors provoquer immédiatement un choc de compétitivité, seule solution pour sauver ce qui reste de croissance. Toutes les réformes positives pour la croissance (institutionnelles, économiques et sociales) devraient être engagées sur le champ, à commencer par un allégement du coût du travail. Si elles le sont, et seulement si elles le sont, on peut espérer que le déficit extérieur s’améliore et que, en conséquence, les marchés admettent un léger dérapage des comptes budgétaires. Sinon, l’engrenage récessionniste est très probable.

 

 

 

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