Régime chinois cherche cap désespérément

 

Les Echos

F. Ménager pour « Les Echos » 2012

La récente visite d’Angela Merkel est venue le rappeler : la dynamique chinoise apparaît plus que jamais comme une planche de salut aux pays européens englués dans le marasme. A défaut de pouvoir se développer dans leur environnement immédiat, les groupes allemands mettent le cap à l’est et multiplient les contrats commerciaux avec la deuxième économie mondiale. De la même manière, lors de ses échanges avec son homologue chinois Wen Jiabao, Angela Merkel ne s’est pas cachée de courtiser les investissements chinois. De fait, en dépit des remous qu’ils peuvent occasionner dans l’opinion publique, les capitaux chinois sont les bienvenus en Europe. Vignobles français, yachts italiens, machines-outils allemandes, infrastructures anglaises, portugaises ou grecques : le rapport de force économique apparaît inversé entre une Europe déboussolée et une Chine sûre d’elle et de son modèle.

En ce début d’automne, la fébrilité n’est pourtant pas uniquement du côté européen. A la chancelière allemande, Wen Jiabao n’a, d’ailleurs, pas caché son « inquiétude » la semaine dernière. La Chine l’avoue : elle a besoin d’une Europe solide pour continuer à faire fonctionner sa machine exportatrice. En juillet, ses ventes à destination de l’Europe étaient en baisse de 16 % sur un an. Or le Vieux Continent constitue son premier marché à l’export. Le coup est donc rude pour l’ensemble de la filière, déjà touchée par une nette érosion de sa compétitivité. Elle affiche, en valeur, une croissance à seulement un chiffre. Compte tenu de la hausse des coûts de production, cela signifie que le fameux moteur exportateur chinois a calé. Le risque social est réel, dans un pays où ce secteur constitue l’un des premiers pourvoyeurs d’emplois faiblement qualifiés.

Mais il y a plus. Au plan intérieur également, les choses se corsent. Depuis des mois, le rebond tant attendu ne se matérialise pas. Au contraire, le ralentissement semble plus prononcé que prévu. Pour reprendre le jargon des économistes, la véritable hantise du « hard landing » semble encore écartée, mais le « soft landing » se fait moins doux que prévu, avec un PIB en progression de seulement 7,6 % au deuxième trimestre. Les statistiques plus récentes vont dans le même sens. L’activité manufacturière se contracte. D’inquiétantes surcapacités se manifestent. Si l’on en croit l’étude indépendante effectuée par HSBC et Markit, la hausse des stocks de produits finis a été, au mois d’août, la plus forte depuis avril 2004, date du lancement de cette enquête. L’exemple le plus frappant est celui des concessionnaires automobiles qui croulent sous les voitures en attente de clients, ce qui les pousse à une dangereuse guerre des prix.

Ce qui pourrait n’être qu’un creux du cycle économique dans un pays malgré tout promis à la croissance (vu son stade de développement) prend une tournure problématique compte tenu de la situation politique. Car les cercles dirigeants du Parti communiste ont la tête ailleurs. Ils s’activent actuellement en coulisse afin de tomber d’accord, d’ici à octobre a priori, sur la composition de la prochaine équipe dirigeante. Laquelle devra, en théorie, tenir les rênes du pays pendant les dix prochaines années.

Rien n’a l’air simple. Si les « têtes d’affiche » du futur pouvoir chinois semblent connues, la compétition est intense entre factions rivales, pour les postes au sein du bureau politique du Parti. Comme toujours en Chine, le commun des mortels ne sait rien de ce combat qui se joue à huis clos. Mais l’affaire, au printemps, du limogeage de Bo Xilai, homme politique charismatique et encombrant, a prouvé à quel point les luttes internes sont féroces. L’image d’unité que tente de dégager l’appareil politique central ne trompe plus grand monde. Le simple fait que les rumeurs d’un report du prochain congrès d’octobre aient pu se propager en est une illustration frappante.

La deuxième économie mondiale se retrouve donc aujourd’hui confrontée à un double défi, économique et politique. Situation inédite : au moment même où l’économie aurait besoin d’un pilotage déterminé, c’est tout le contraire qui se produit. Rétrospectivement, les économistes constatent que, ces derniers mois, la réponse du pouvoir au coup de froid conjoncturel n’a pas été à la hauteur. Les mesures de soutien ont été tardives, probablement insuffisantes, et surtout dépourvues de cohérence d’ensemble.

La foire d’empoigne feutrée qui se joue actuellement dans les hautes sphères est à l’évidence la cause de ce flottement. Non seulement elle détourne les dirigeants de ce qui a toujours constitué leur principal objectif – une croissance vigoureuse, garante de la paix sociale. Mais elle fait surtout tarder l’émergence d’un consensus sur le cap à fixer. Car c’est là le principal enjeu de la transition actuelle : confrontée à une remise en cause du modèle qui a longtemps fait son succès, la Chine doit se réinventer. Et le virage qu’il lui faut prendre sera par définition extrêmement délicat. Certes, quelques évidences sautent aux yeux et notamment le fait que, vu le contexte international, le tout-export a vécu. De même, l’idée s’impose peu à peu qu’il est urgent de désintoxiquer le pays de sa principale drogue, qui n’est pas le commerce extérieur mais l’investissement.

Mais comment convertir ce double diagnostic en réformes concrètes ? La question est épineuse car, dans une économie qui ralentit, des sacrifices s’imposeront. Pour que le consommateur triomphe, il va falloir que d’autres trinquent. Les banques, les promoteurs immobiliers, les grands groupes publics se savent dans le viseur. Et Pékin semble tétanisé à l’idée de devoir s’y attaquer. Dans le match idéologique qui l’oppose aux démocraties occidentales, la Chine avait pris l’habitude de se considérer comme avantagée par sa capacité de projection à long terme. L’argument ne tient plus.

 

 

 

 

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