Du bon usage de la morale

Les Echos

Le ministre de l’Education veut restaurer l’enseignement de la morale à l’école, le patron de l’opposition l’accuse de « faire diversion » pour masquer « une rentrée épouvantable ». Nous sommes en 2011 et Martine Aubry ironise sur un Luc Chatel qui veut « inventer une circulaire qui existe depuis quatre ans »… Un an après, les acteurs ont changé, la question reste la même, posée à frais nouveaux par chaque ministre de l’Education nationale. Et Vincent Peillon est le dix-neuvième depuis Mai 1968, où l’on vit emporté dans les poubelles des « événements » un enseignement instauré par Jules Ferry.

Mais qu’est-ce que la morale ? Beau sujet pour l’agrégé de philosophie qu’est le nouveau ministre de l’Education. La qualifier de « laïque » suffit-il à autoriser l’Etat à dire ce qui est bien ou mal, juste ou injuste ? A dire, dans une société aux croyances éclatées, qu’elle est l’unique « sens de l’existence humaine » selon sa formule dans le « JDD » ? Les ambiguïtés ne manquent pas. « La morale, le bien, le mal : je me méfie de ce qui est officiel », a dit hier, gêné, Bertrand Delanoë.

Au-delà des pièges sémantiques ou idéologiques, Vincent Peillon poursuit trois objectifs, politiques ceux-là.

Compte tenu du rejet de Nicolas Sarkozy, la gauche n’avait pas grande difficulté à être réclamée par un monde enseignant qui lui est généralement acquis. Mais, en dépit de quelques créations de postes, la rigueur s’impose aussi à l’école. Le ministre n’a pas de « cadeaux » à faire aux profs, dont les heures sup seront désormais fiscalisées. Brandir la morale, c’est agiter un thème populaire, surtout auprès des parents d’élèves, dont il est également le ministre.

C’est ensuite, par le parfum d’autorité et de respect que recèle la notion de morale, prouver que la gauche a bel et bien tourné la page des chimères « pédagogistes ». D’une certaine manière, Vincent Peillon fait avec l’école ce que Manuel Valls fait avec la sécurité : proclamer que l’autorité n’est pas la seule marque de la droite et que le laxisme n’est pas la griffe de la gauche. Le ministre de l’Intérieur, en brandissant Jaurès et Clemenceau, celui de l’Education, en invoquant Jules Ferry, ancrent la gauche dans une tradition républicaine assumant l’autorité comme une vertu.

Enfin, Peillon habille un malaise social d’un manteau de morale. Car ce qu’il vise c’est restaurer un minimum de discipline, de politesse, de civisme dans certains établissements qui concentrent tous les maux de la société.

 

 

 

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