Mario Draghi et ses deux jambes

Les Echos

La Banque centrale européenne tient ses promesses. Comme son président Mario Draghi l’avait annoncé en juillet, elle est prête à acheter des obligations d’Etats en péril financier. Hier, Draghi a précisé les modalités de ces interventions en enrichissant le lexique de la politique monétaire d’un nouveau terme : opérations monétaires sur titre ou OMT (« outright monetary transactions », en version originale). Ce faisant, il a répondu aux attentes des investisseurs. La BCE achètera des obligations sans limite, dans la transparence, sans être prioritaire sur les autres créanciers en cas de problèmes. Et comme c’était prévisible, il n’a pas cédé aux partisans d’un chèque en blanc. La BCE interviendra seulement si le pays en danger a d’abord fait appel au Fonds européen (FESF aujourd’hui, MES demain) et obtenu son accord, qui peut passer par l’exigence de mesures d’assainissement budgétaire. Et elle cessera ses interventions en cas de non-respect des engagements, comme le fait le FMI.

Au-delà de ses modalités techniques, ce dispositif est une bonne nouvelle pour deux raisons. D’une part, la BCE continue d’aller trop loin, condition indispensable pour trouver la sortie de la crise européenne. Il n’est pas sûr qu’elle parvienne ainsi à rétablir un fonctionnement normal des marchés européens de capitaux, motif officiel de son action. Il est en revanche certain qu’elle va alléger la pression sur des pays qui risquent de s’enfermer dans une spirale dépressive, en gagnant du temps. D’autre part, l’adoption de ce dispositif confirme que Mario Draghi a bel et bien pris le pouvoir au sein de la BCE. Un seul des vingt-trois membres du Conseil des gouverneurs a voté contre, ce qui indique qu’au moins un Allemand a voté pour (il y en a deux au sein du Conseil). Et dans une tempête, mieux vaut avoir un capitaine à la barre qu’une autogestion de vingt-trois larrons.

Reste qu’il faut deux jambes pour avancer, comme l’a souligné Draghi. La BCE fait un grand pas en avant. Les Etats doivent suivre, sinon l’Europe va tomber. C’est donc à nouveau aux politiques de faire mouvement. Le succès est loin d’être garanti, tant il va falloir de courage et d’imagination. En cas d’échec, Mario Draghi n’aura plus qu’à prendre ses jambes à son cou. Car certains Allemands préparent manifestement les plumes et le goudron pour l’Italien qui ose piloter la monnaie européenne toujours plus loin en territoire inconnu.

 

 

 

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