Défense : séduisant mariage de raison

Les Echos

Dans la vie, il vaut mieux se marier par amour. En affaires, il faut parfois accepter un mariage de raison. En confirmant cette semaine qu’ils pourraient s’unir, EADS et BAE Systems, les deux champions européens de l’aéronautique et de la défense, font preuve d’un redoutable pragmatisme. En théorie, ces groupes aux cultures et activités relativement différentes ne sont guère faits pour s’entendre. Comment imaginer qu’un couple franco-allemand régulièrement soumis à de fortes pressions politiques puisse être en symbiose avec un anglo-saxon employant plus de salariés aux Etats-Unis qu’en Grande-Bretagne ? Et y a-t-il de réelles complémentarités entre un groupe dont plus des trois quarts de l’activité provient de l’aéronautique civile et un autre industriel obnubilé par la défense ?

Tant pour des raisons conjoncturelles que structurelles, cette union qui s’annonce politiquement et économiquement complexe semble néanmoins prometteuse. La crise des finances publiques poussant les pays occidentaux à revoir à la baisse leurs budgets de défense, les industriels de l’armement n’ont plus guère le choix. Pour pouvoir continuer d’innover et ainsi survivre, les BAE, Cassidian (la branche défense d’EADS), Dassault, Finmeccanica ou autres doivent s’unir pour mutualiser leurs budgets de recherche. Les barrières technologiques sont si élevées qu’il devient également indispensable pour ces industriels d’être adossés à un groupe civil offrant aux innovations conçues pour l’armée des retombées auprès du grand public. Il faut plus de moyens pour la R&D en amont et plus de débouchés en aval.

Si EADS et BAE partagent ce constat, c’est aussi que, paradoxalement, leurs différences leur permettent d’être particulièrement complémentaires. Sur un plan produits, les doublons entre les deux groupes sont faibles. Le nouvel ensemble sera ainsi un groupe équilibré réalisant une moitié de son chiffre d’affaires dans le civil, une autre dans le militaire. Sur un plan géographique, la complémentarité est également évidente puisqu’elle permettra au tandem d’être à la fois un acteur incontournable en Europe tout en étant un poids lourd sur le marché américain.

Pour l’Europe, la naissance de ce champion, qui pèserait bien plus lourd que Boeing, est aussi une bonne nouvelle. Car, dans le sillage de cette union industrielle européenne, ce sont des emplois qualifiés et des exportations qui se dessinent.

 

 

 

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