Deng Xiaoping où es-tu ?

Les Echos

L’année 2012 n’est pas 1914. Nous ne sommes pas à la veille d’un nouveau conflit qui aurait pour point de départ l’Asie et non plus l’Europe. La Chine aujourd’hui n’est pas l’équivalent de ce qu’était l’Allemagne de Guillaume II hier, même si elle se comporte comme une puissance pressée de se voir reconnaître son nouveau statut international. Il est probable enfin que la tension actuelle en mer de Chine ne débouchera pas sur une guerre commerciale entre la Chine et le Japon, pour ne pas parler de guerre tout court. Il n’en reste pas moins que l’on ne joue pas impunément à la « bataille navale » en mer de Chine ou avec les émotions de ses citoyens.

La crise entre Pékin et Tokyo sur le sort des îles Senkaku/Diaoyu suppose de la part des deux protagonistes beaucoup plus de modération et de contrôle.

Le Japon a bien sûr sa part de responsabilité. L’idée lancée par le très nationaliste gouverneur de Tokyo, Shintaro Ishihara, d’acheter trois de ces îles ne pouvait être perçue par la Chine que comme une provocation. Mais les autorités de Pékin ont une fois de plus, surréagi, comme elles le font désormais en Asie depuis des mois, sinon des années.

Deng Xiaoping où es-tu ? Tes héritiers sont en train de perdre la mesure et le sens du temps que tu incarnais, en maintenant un profil bas sur le plan international.

L’escalade de la tension sino-japonaise s’inscrit dans le contexte d’un durcissement de la diplomatie chinoise dans l’ensemble de l’Asie qui ne peut-être que contre-productif pour l’empire du Milieu. En effet, en agissant ainsi, Pékin pousse de nombreux pays asiatiques, a priori peu enclins à le faire, comme le Vietnam, dans les bras de Washington. De plus la Chine est en train de redonner au Japon son statut de partenaire privilégié de l’Amérique en Asie, un statut qu’elle avait perdu au profit de l’Inde. Même si le Japon n’a jamais su faire en Asie, ce que l’Allemagne de l’Ouest avait accompli en Europe -demander pardon -, la Chine tend à placer le Japon dans le rôle de l’agressé. En Asie on continue à ne pas aimer les Japonais, mais la Chine fait toujours plus peur. Le Japon peut ainsi capitaliser sur son image de victime. Hier à Fukushima c’était la folie de la nature. Aujourd’hui, alors que les télévisions du monde entier passent en boucle les images des manifestations antijaponais en Chine, le Japon pourrait-il être victime de la folie nationaliste de ses voisins?

Responsabilité et puissance vont de pair. Désormais la puissance asiatique de référence, deuxième puissance économique mondiale, c’est la Chine et non plus le Japon. C’est à elle de faire les efforts principaux pour s’autocontrôler.

Certes l’explosion de nationalisme antijaponais, favorisée par un calendrier malheureux -le quatre-vingt-unième anniversaire de l’invasion de la Mandchourie par le Japon en septembre 1931 -est largement spontanée, comme a pu l’être dans le monde arabo-musulman l’explosion antiaméricaine, sinon antioccidentale actuelle. Mais sur les réseaux Internet en Chine on trouve de tout : les expressions du nationalisme antinippon le plus virulent, tout comme le début d’un regard plus distancié, comparant les affiches antijaponaises d’aujourd’hui à celles antioccidentales et antichrétiennes du mouvement des Boxers en Chine entre 1898 et 1901.

Pourquoi les autorités de Pékin prennent-elles aujourd’hui de tels risques non seulement sur le plan international, mais sur le plan interne ? Dans un régime nondémocratique, mais qui est dans une phase d’ouverture sur le monde, il est toujours dangereux d’encourager le peuple à descendre dans la rue. Il peut y prendre goût et transférer son ressentiment de l’ennemi extérieur vers les autorités en place.

L’interprétation la plus probable de cette dérive nationaliste chinoise est qu’elle n’est pas le fait du calcul, mais bien plutôt le produit de l’incompétence en cette phase de transition. Les nouveaux dirigeants ne sont pas encore installés, les anciens ne sont plus tout à fait en capacité de contrôle. Comme le Japon est de son côté à la veille de nouvelles élections, les risques de surenchère et d’irresponsabilité de part et d’autre sont au maximum.

Les deux pays ont trop besoin l’un de l’autre. Le moment est peut-être venu de penser à l’installation d’un « téléphone rouge » entre Pékin et Tokyo, comme cela était le cas hier entre Washington et Moscou.

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :