Les chances de Romney

Les Echos

Il faut se méfier des scrutins prétendument joués d’avance. La course à la Maison-Blanche vient d’offrir, à tous ceux qui la croyaient gagnée pour Barack Obama, un saisissant rebondissement. A l’issue d’une heure et demie d’un débat télévisé dense et poli, le candidat républicain, Mitt Romney, s’est débarrassé de la caricature que ses adversaires démocrates dessinaient de lui depuis des mois. Il a habilement négocié son glissement au centre sans pour autant se renier vis-à-vis de la base plus à droite du Parti républicain, celle des meetings où l’on siffle Washington DC, celle du port d’armes, de la théologie des baisses d’impôts et de la nostalgie d’une Amérique où réussir était plus facile qu’aujourd’hui.

Face à lui, le président sortant, compétent, précis et sérieux mais à la limite de l’ennui, a davantage critiqué son adversaire qu’il n’a su expliquer pourquoi les Américains devraient lui confier la destinée du pays quatre ans de plus.

Bref, à cinq semaines du scrutin, voici la campagne américaine relancée. L’avance de Barack Obama dans les sondages est sensible mais plus insurmontable pour l’ancien gouverneur du Massachusetts. En 2000, ce fut grâce aux trois débats télévisés que le gouverneur du Texas George W. Bush acquit, aux yeux des indécis, l’envergure présidentielle qui lui manquait face au vice-président sortant Al Gore. A l’issue de ce premier débat nettement remporté, le camp républicain sort galvanisé par la performance d’un champion dont le moins que l’on puisse dire est qu’il n’avait pas été choisi dans l’enthousiasme.

Car, à bien des égards, Mitt Romney ne ressemble pas à la campagne qu’il a menée ni au parti qui le porte. Lui qui n’est pas fondamentalement un idéologue est le candidat d’un parti qui n’a jamais été autant marqué par l’idéologie. Lui dont on retient la gestion sage du Massachusetts et l’adoption de réformes consensuelles, notamment en matière de santé, s’est laissé embarquer à la tête d’une croisade populiste comme on en a rarement vu lors d’une campagne présidentielle américaine.

Dans cette ultime phase de la course à la Maison-Blanche, l’habileté tactique dont il a fait preuve face à Obama ne suffira pas. Certes, Romney sait trouver les mots qui font mouche. D’une phrase qui fait déjà date, il a cloué son adversaire dont la stratégie économique, à l’entendre, se résumerait à compter sur « l’effet d’entraînement du gouvernement ». Mais comme Obama, il doit encore convaincre que l’Amérique se porterait mieux avec lui à sa tête. Après ce premier débat, les deux candidats se trouvent à égalité dans l’esprit de ceux qui doutent. C’est déjà une victoire pour le républicain.

 

 

 

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