« Un effacement de dette semble inévitable en Europe »

Les Echos

Steven Major, responsable mondial de la recherche sur les taux chez HSBC, estime que la mutualisation des dettes dans la zone euro pourrait représenter jusqu’à 2.000 milliards d’ici à 2014. A terme, le Mécanisme de stabilité pourra devenir l’émetteur commun.

A travers l’action de la Banque centrale européenne (BCE) et des fonds de secours européens, le processus de mutualisation de la dette dans la zone euro a déjà démarré. Selon Steven Major, responsable mondial de la recherche sur les taux chez HSBC, cette dette « commune » devrait atteindre pas moins de 1.000 milliards d’euros d’ici à un an, soit le double d’aujourd’hui. D’ici à 2014, le montant avoisinera sans doute de 1.400 à 2.000 milliards, en tenant compte du stock d’emprunts obligataires achetés par la BCE et des prêts octroyés aux pays fragiles de la zone euro par les fonds de secours, dont le Mécanisme européen de stabilité (MES), qui entrera bientôt en fonction.

Steven Major revient sur le rôle de la BCE. « Le programme d’achat de dette est une forme d’assouplissement quantitatif. Lorsque les taux sont déjà au plus bas, les banques centrales augmentent la taille de leur bilan pour assouplir les conditions monétaires. » Via ce programme, la BCE a acquis plus de 200 milliards d’euros d’emprunts d’Etat. Elle s’apprête maintenant à déclencher un nouveau dispositif, qui ciblera les emprunts d’Etat espagnols, voire italiens, dont la maturité ne dépasse pas trois ans. « La vocation de cet outil est de faire disparaître la prime liée au risque de « convertibilité » [retour aux devises nationales, NDLR]. L’objectif est peut-être d’ailleurs déjà atteint, même sans intervention effective de la BCE. »

Le risque de défaut est écarté

Mais la nouvelle arme de la banque centrale a une autre vertu. « En intervenant sur la dette de certains pays, la Banque centrale européenne écarte tout risque de défaut de leur part à court terme », fait valoir Steven Major. Le nouveau dispositif prévoit en effet des interventions illimitées. Selon le stratégiste, la banque centrale pourrait acheter de 5 à 7 milliards d’euros de titres espagnols et italiens par semaine. « Cela serait suffisant pour absorber tout le flux de dette, c’est-à-dire couvrir le déficit et les remboursements. »

Le rôle joué par les fonds de secours dans la mutualisation de la dette est plus évident : « Ils émettent des titres avec la garantie des Etats européens . Le Fonds de stabilité (FESF) est un émetteur relativement peu efficace, mais temporaire. Le MES, lui, a été conçu pour être beaucoup plus flexible et pour pouvoir devenir l’émetteur commun de la zone euro. On lui a aussi donné les moyens de gérer des restructurations de dette de façon ordonnée : l’introduction de certaines clauses dans les dettes des Etats de la zone euro à partir de janvier facilitera ainsi le processus de négociation avec les créanciers », explique Steven Major. L’un des atouts du Mécanisme de stabilité est que, grâce à son capital doté, il n’alourdit pas la dette des Etats aidés à mesure qu’il est utilisé.

Processus de mutualisation

Des étapes importantes ont donc d’ores et déjà été franchies. Mais Steven Major estime que le processus de mutualisation doit aller plus loin. « Pour que le MES devienne vraiment l’émetteur commun de la zone euro, il faudra modifier le traité pour inclure le principe d’une responsabilité conjointe et solidaire des membres. Par ailleurs, pour remplacer les Etats émetteurs – pas seulement ceux de la « périphérie » -, il faudra accorder au MES des responsabilités budgétaires. C’est ce qui en fera un agent comparable à un Etat sur le marché des émissions de dette. »

La création d’une caisse d’amortissement des dettes européennes – idée avancée par les conseillers de la chancelière allemande -serait également bénéfique. « Par ailleurs, un effacement de dette, sous une forme ou une autre, me semble aussi inévitable », affirme Steven Major. « Cela n’arrivera toutefois pas avant 2014, car la BCE a éliminé tout risque de défaut sur les toutes prochaines années et parce qu’il y a des élections législatives en Allemagne l’an prochain. »

L’Allemagne pourrait-elle le tolérer ? « Les Allemands s’accommodent parfaitement du rythme actuel de mutualisation de la dette dans la zone euro. C’est d’ailleurs ce qui explique leur attitude plus pondérée envers la Grèce : ils sont conscients que, si un pays quitte la zone euro, le processus de mutualisation de la dette devra s’accélérer. » Dans cette perspective, un nouvel effacement de dette pour la Grèce est incontournable. Mais, cette fois, l’effort portera sur les créanciers officiels. « Le problème n’est pas imminent, selon moi. Les marchés ont en permanence exagéré le risque d’une sortie de la Grèce. »

 

 

 

Un commentaire pour « Un effacement de dette semble inévitable en Europe »

  1. Reblogged this on The blog for taxspecialists and commented:
    Trw interessant

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